Déception

Pour Noël j’avais demandé un cintre, pour suspendre le temps. J’ai eu des pinces à linge.

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Nos amis les hommes. 31/12/2012

Ah ces moments bénis où couvert de boutons, chacun s’apprête machinalement à aller célébrer la non fin du monde et le début d’une nouvelle année toute aussi prometteuse que celle que Patrick Sébastien enterrera en beauté dans un prime-time coloré et festif, à l’image d’une France qui, malgré les apparences, sait s ‘amuser. Rendez-vous compte, pour la énième année consécutive, 7 comiques font partie des 10 personnalités préférées des français, (et il n’y a même pas Nadine Morano) ! C’est dire si les temps sont durs. Où si les sondés n’ont pas l’énergie ou la culture nécessaire pour aller chercher un peu plus loin, des gens qui font avancer le débat, ou du moins les mentalités. Il est loin le temps des Commandant Cousteau et autres Abbé Pierre, investis d’une mission à l’échelle du pays voire de la planète entière. Perso j’aurais au moins mis Coppé pour son obstination cocardière à ridiculiser son parti en particulier et la politique en général, ou Depardieu pour son non respect récurrent et réjouissant des conventions sociales. Et puis le fils Goldman pour nous avoir permis de redécouvrir à quel point les chansons de son père nous cassaient déjà les couilles avant que les sous-doués du top 50 ne s’y attaquent pour Noel ! Et Bernard Arnault, Bernard Tapie, André-Pierre Gignac, Jean Luc Delarue, tous ces gens qui essaient de faire bouger les lignes d’une France amorphe ! Ou Garou, élu « chanson de l’année » sur TF1 alors que personne n’a eu le bonheur d’entendre le chef d’œuvre primé ! Mais il faut bien préparer The Voice, saison 2. Hormis Simone Veil, perdue là depuis des générations, au moment où la frange catholique la pendrait bien volontiers pour ses idées avant-gardistes pro avortement, on se dit juste que le jour où un chirurgien, un académicien, Boris Cyrulnik ou Michel Serres se retrouvent en tête de ce classement, on sera peut-être sur le chemin de lendemains qui chantent. Contrairement à Yannick Noah, qui lui déchante, pieds nus et seul en Suisse, détrôné par la star Omar Sy, nouveau résident californien et garant de la bonne humeur ciné et télé de nos compatriotes. Parce que même au niveau de ces comiques là, quel est le message profond ? Quels sont leurs combats quotidiens et leurs dénonciations politiques aux Foresti et autres Dany Boon, si ce n’est de préserver leur rémunération et leur mégalomanie rampante ? Il me semble que Coluche n’a jamais obtenu ce rang bizarrement, malgré la trace et l’héritage qu’il laisse aux nouveaux rigolos depuis plus de 30 ans.
Heureusement que Noel passait par là et qu’on put profiter des siens dans les salons chaleureux ou les couloirs d’hôpitaux encombrés à dépaqueter ses jolis présents qui feraient à n’en pas douter le bonheur d’Ebay à défaut de celui des enfants et des tantes provinciales aux goûts approximatifs. Le cadeau idéal restant le lapin. Il faut voir les yeux ébahis des enfants au moment où le léporidé angora sort de sa petite boîte pour aller se faire tripoter les oreilles par de petites mains malhabiles. Puis comptez 20 minutes avant que les petits monstres ne se désintéressent de la bête pour aller jouer avec des cartons d’emballages. C’est à ce moment là que la grand-mère cuisinière se saisira par le cou du nouveau venu et le tordra d’un coup sec pour le servir quelques heures plus tard à ces mêmes petits chenapans qui prendront ça pour un vulgaire poulet. On n’a aucun goût à cet âge ! Enfin, mise à l’abri et séchée ad hoc, la jolie peau si douce du petit mammifère ira orner un mignon gilet en cuir pour que Tatie Connasse qui n’a pas les moyens pour le vison et le goût pour le renard argenté aille se trémousser au Nouvel An dans quelques boîtes à partouze de la région PACA. En temps de crise, soyons donc malins et faisons profiter de notre générosité à toute la famille. En espérant que 2013 nous apporte un peu plus de palpitation que cette morne fin d’année où avachis sur le sofa l’on prend du plaisir devant des documentaires sur l’orang-outan plus que devant des émissions sur Laurent Gerra. Entre 2 rebelles fugueuses et un simili crash d’avion russe, la majorité de nos journaux est désormais bloquée sur une battue pour retrouver ce jeune trisomique égaré dans les bois. Je ne suis pas policier, mais au lieu d’envoyer des brigades cynophiles, a t-on seulement pensé à envoyer Emile Louis sur ses traces ? Une méthode qui fit largement ses preuves en son temps aux environs d’Auxerre.
Remercions par ailleurs Bill Fay, Sixto Rodriguez ou Shuggie Otis, ces héros normaux revenus à la vie en 2012, comme pour confirmer s’il en était besoin que la musique sauve des milliers de vie chaque année et forge des destins. Remercions les héros de série et de cinéma qui contribuent à nous faire oublier la télé. Remercions les joies simples, les oiseaux gentils, les enfants, les lapins…Aux regards complices, aux encouragements, aux rencontres inopinées, aux anges gardiens, à ton étoile…Et surtout à tous les autres enculés et verrues de ce monde : continuez à nous donner de la matière pour nous garder en vie en 2013. Bonne année.

Nos amis les Mayas. 20/12/2012

Dans le Connecticut, Maman Lanza apprenait à ses enfants à survivre depuis des années, en cas d’arrivée des chinois, des aliens ou d’une nouvelle saison de Jersey Shore. Niveau pédagogie, on peut dire qu’elle a un peu foiré. Heureusement qu’elle n’était pas prof comme on l’a cru un instant ! Pauvres gosses ! Mais à l’heure qu’il est, des milliers d’américains comme elle viennent de s’enfermer dans leurs abris antiatomiques, stockant là de la nourriture lyophilisée, des cd de country, des bibles, des armes (on n’est jamais trop prudent) et leurs enfants en attendant que la prophétie maya n’anéantisse tout le reste de l’humanité, sauf eux qui sont un peu moins cons et un plus prévoyants ! On attend surtout de voir leurs gueules enfarinées samedi 22, jour normal où il faudra aller bosser et commencer à rembourser les prêts pour la construction du container !
La prophétie maya, aura, comme le bug de l’an 2000 ou les missiles russes à Cuba réussit à faire flipper une bonne partie de l’humanité, toujours prompte à acheter des kilos de sucre et de farine en souvenir du bon vieux temps. Qu’il les garde bien surtout, un jour viendra où iraniens et coréens du nord auront la volonté d’en découdre avec un Oncle Sam qui commence à nous les briser menus à se mêler de tout et n’importe quoi. Mais peut-on faire confiance aux Mayas dans leurs prévisions, eux qui n’avaient même pas vu venir l’envahisseur espagnol, venu évangéliser tout ça et prendre un peu d’or au passage ? Soyons sérieux 2 minutes. 2012 ira à son terme et chacun, gavé de foie gras et de champagne enverra des sms pourris le soir du 31, pour le plus grand bonheur des opérateurs téléphoniques, émus de cet élan spontané de générosité annuelle. Et si, pour une raison ou pour une autre (on n’est pas devin non plus), il ne devait rester qu’une 1 heure à vivre, je mettrai un album de Nick Cave dans la platine et j’irai trouver Dieu (je sais où il est !) pour lui demander si cette histoire d’Etre Humain était vraiment sérieuse où s’il regrette de ne pas s’être arrêté au brontosaure dans son élan créatif.
2012 aura été moyenne, soyons honnêtes. De mémoire on a connu mieux comme millésime depuis 1939. Même l’élection était molle. DSK avait pris tout le viagra pour lui, laissant le pays, comme Nafissatou, englués dans son spasme hôtelier. A droite, comme à gauche, on semble perdu. Aux extrêmes on rigole en attendant la suite…. En 2012, Neil Armstrong, le premier américain à être allé sur la lune en vélo s’en est allé pour de bon. 43 ans après la conquête spatiale et au moment où l’homme cherche à attirer l’attention des martiens en leur balançant des titres de Will-I-Am, il semblerait qu’il ne soit toujours pas capable de comprendre et de maîtriser sa propre planète. Une planète déboussolée, qui, quand elle en a les moyens, aura passé son année à tweeter pour ne rien dire, à tweeter pour critiquer des émissions qu’on n’aurait jamais regardées avant si on n’avait pas eu Twitter, à partager sa pauvre vie sur les réseaux sociaux parce qu’il n’y a plus de place dans les castings de télé-réalité. Les mi-putes mi-connasses des «Chtis à Mykonos », les mongoliens de « L’Ile des Vérités », « Les marseillais à Miami », les marseillais de « Plus Belle la vie » et la flippante Honey Boo Boo aux Etats-Unis : la télé n’en finit plus d’enfanter des monstres sous couvert de détente et de second degré ! Au cinéma, le réalisateur de « God Bless America » a appuyé sur la détente justement, afin d’éradiquer ce pan de nuisibles cathodiques qui vendent leur destin comme seul avenir viable à un parterre d’adolescents sans talent et surtout sans passion. On aura aussi beaucoup parlé Hobbit, plus qu’aux cerveaux, attirant le gogo peu cinéphile en 2D sous-titrée 24 images/seconde ou 3D VF 48 images/seconde, mais toujours avec du pop-corn à 8 euros les 100 grammes. Pendant ce temps-là, « The Impossible », « Les Bêtes du Sud sauvage » et « L’Odysée de Pi » propose de remettre un peu d’humanité et de poésie dans un monde ravagé par le cynisme. Et hasard du calendrier, les 3 parlent de survie.
En musique, si les passionnés savent toujours où trouver de bons disques, les médias populaires savent plus que jamais comment faire de la merde ! Mais au-delà des couinements neurasthéniques de Farmer, du retour de Bruel ou des reprises foireuses de Goldman, le coréen Psy aura mis tous les tops du monde d’accord avec sa chorégraphie d’attardé mental, comme une bonne gastro ramenée de vacances en Asie se propagerait au reste de la population. Où sont passés les modèles, les leaders et les exemples dans la culture populaire ? En Belgique ? Reste alors le sport et ses valeurs ancestrales. Lance Armstrong, Ibrahimovic ou les frères Karabatic auront agité le petit microcosme alors que tout le monde se félicitait d’une olympiade réussie, qui aura juste réussi à endetter les londoniens jusqu’aux arrières petits-enfants d’Elton John. Mais tant que le peuple réclame sa dose de pains et de jeux, continuons à nettoyer les favelas brésiliennes et à installer la clim dans les stades qataris pour le bon déroulement des évènements à venir. Pendant ce temps-là, Messi a un fils qu’il aurait pu légitimement appeler Jesus, ce prénom n’étant pas ridicule en Espagne, et continue d’écœurer Cristiano Ronaldo, ce qui est assez plaisant. Mais pourrait le pousser à venir à Paris où l’on a dû se résoudre à faire partir Luyindula. Au cas où. La vie est injuste. Mais on s’en fout demain on sera mort.