Responsable(s). 15/07/2016

« C’est fascinant ces petits soldats à l’allure impeccable qui défilent chaque année pour montrer la grandeur de la France entre deux étapes du Tour. C’est bouleversant cette démonstration de force, ces milliards d’euros d’armement qui rutilent dans le ciel parisien alors qu’un simple quidam peut terroriser le pays avec une fourchette. C’est inquiétant surtout de voir tous ces gens s’esbaudir devant quelque chose qui ne devrait même pas exister : une armée. Dans l’absolu, oui, ça ne devrait pas exister une armée. Mais l’être humain est ainsi fait, lui qui croit depuis des millénaires que tel ou tel lopin de terre lui appartient, et que les gens dessus aussi par la même occasion. Et que s’ils refusent, ce sera l’exil ou la mort. Ou les deux. Depuis des millénaires. Alors on a bâti des armées, pour éviter l’exil ou la mort. Mais nos armées ont eu aussi envie de contrôler d’autres lopins de terres où certains n’avaient pas encore eu l’idée, ou l’envie, de bâtir une armée. Et c’est ainsi qu’on traça des frontières puis des murs, des nationalités qui devinrent à leur tour des frontières, puis des murs. Des religions, les pires murs qui soient, entre lesquels l’esprit s’étiole lentement. Tous les drapeaux du monde deviennent des linceuls, dès lors qu’on veut aller les planter n’importe où. C’est un fait.

Mais les américains, ces grands enfants, ont toujours aimé jouer à la guerre. Trouver des méchants, partout, tout le temps, et les punir pour montrer l’exemple ou relancer l’économie. Et les autres, fascinés, et un peu obligés, se sont mis à suivre les Etats-Unis, parce que le plus fort a toujours raison. Et voilà comment, à force de se mêler des affaires des autres, sont nés des dizaines de petits groupuscules rigolos, agacés par des années d’oppression, sous couvert de la bénédiction d’un dieu d’opérette, et bien décidés à montrer au monde qu’une bonne dictature locale vaut parfois mieux qu’une anarchie mondiale. Nous, occidentaux, sommes donc intégralement responsables de ce merdier sans nom. C’est comme ça. Et il va falloir apprendre à vivre, et mourir avec. Parce que les plus belles idées du monde, les élans les plus pacifistes, les cerveaux les mieux irrigués ne pourront jamais rien contre des fondamentalistes aveuglés, voire drogués, isolés et lourdement armés. Alors qu’il soit musulman, catholique, marocain, ouzbek, américain, russe ou franco-filsdepute, un abruti restera toujours un abruti, à la conversation réduite mais au pouvoir de nuisance sous-estimé.

L’autre jour, en se battant avec leurs armes, les terribles islandais ont fait plier la grande Angleterre. Et c’était beau. Les valeurs du sport, parfois…Celles des terroristes seront donc forcément archaïques, dérisoires, bricolées, ingénieuses, banales, mais toutes aussi dévastatrices. Les lâches n’ont pas le choix. Et n’importe quel état d’urgence n’empêchera jamais quelqu’un d’utiliser un cutter, des ciseaux, une enclume, un camion, une tronçonneuse ou une moissonneuse-batteuse pour agresser son voisin. N’importe quel système de surveillance ne pourra contrôler l’anonyme dans la foule qui a décidé de sévir sur un marché, un cinéma, une école, un concert, une plage, une boîte gay ou une terrasse riante. Les discours politiques n’y changeront rien. Ils ont crée ce chaos. Et leur incompétence, leurs visions périmées, leurs amalgames et leurs ambitions personnelles ne font que l’accentuer. Ils sont perdus et pathétiques. Ils n’ont rien appris du passé. Ils ne construisent même plus l’avenir.
Pendant que paradent les Rafales, pendant que se vendent des armes, des enfants tombent sous des feux d’artifices qui n’ont jamais si bien porté leur nom. De l’artifice, plein la gueule, pour oublier que du drapeau tricolore ne reste que le rouge. Du pain et des jeux, en France ou à Rio, pour vendre du rêve en poudre aux yeux d’un public endormi. Que le spectacle commence, toujours au moment des affaires. Il n’ y a plus de projets de lois, plus de chômage, plus d’élections qui tiennent quand les gens pleurent leurs morts. Tous égaux dans la démagogie, la manipulation de leur petit théâtre de marionnettes, même si c’est la faute des autres, forcément. Ces charognards.

Regardez vous, chiens galeux, politiciens à bout de souffle, journalistes en manque, vendeurs d’images pour réseaux sociaux désociabilisés, crevards de l’info permanente. Vous avez fait de tout ça un immense parc d’attraction, un jeu vidéo grandeur nature où il ne suffit pas que de chercher des Pokemon, mais ce frisson que le spectateur d’internet à perdu depuis qu’il a accès à tout. Pornographie, écoeurement, immondices. Vous avancez sur la détresse et vous en êtes fiers. Ce monde est finalement une bénédiction. Tous barbares, tous responsables. Retrouvez d’abord un semblant de dignité, avant d’espérer un peu d’humanité. Et frottez vous les mains, le pire reste à venir : Trump et Le Pen n’attendaient plus que ça. »

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Nos amis les hommes. 13/07/2016

Après avoir illustré à merveille les bienfaits du mariage sur l’épanouissement de la famille française, Marion Maréchal met à profit ses meetings estivaux pour intervenir sur la bonne dose de patriotisme que tout joueur doit posséder pour oser porter la liquette de l‘équipe de France ou nous donner son avis sur le multiculturalisme barbare dont il faut éloigner nos jeunes blondinets. C’est vrai qu’après les prestations de David Guetta on est en droit de protéger un peu mieux la musique française en espérant que les futures danses de l’été de nos bals populaires redeviennent bourrées et gavottes, et non plus Lambada ou Soca Dance, qui transmettent, en plus d’un mauvais goût irréversible, le virus Zika et la syphilis. De son côté, Florian Philippot, qui a oublié d’être con, préfère laisser le salon de l’agriculture à toute la vieille frange rétrograde de la politique française qui s’en va y traire annuellement ses électeurs et bouffer à l’œil, pour se balader, tout en swag, au salon Japan Expo et y faire des œillades aux jeunes décérébrés venus dépenser leurs étrennes de bacheliers. Qui sont de plus en plus nombreux (88,5%), alors que la grande majorité ne sait toujours pas écrire ‘’examen’’ ou placer Lisbonne sur la carte du foot européen.

Alors qu’on s’inquiétait déjà pas mal pour leur santé mentale, certains ont eu la force de quitter Snapchat pour suivre par millions, comme les moutons 2.0 bien élevés que les réseaux sociaux ont fait d’eux en quelques années, la nouvelle folie Pokemon Go, qui fait passer Candy Crush pour une simple farce sur Minitel. Voilà donc une nouvelle raison de se méfier de cette génération qui marche le nez sur le portable pour choper désormais des bestioles incongrues dans les rues de la ville. Alors qu’il suffit d’aller aux putes. Et dire qu’on pensait avoir un peu de répit après avoir abandonné les enfants et le chien sur une aire d’autoroute. Il va donc falloir s’habituer à regarder des troupeaux d’imbéciles faire des gestes bizarres dans nos métros, dans nos classes, en vélo, dans nos parcs, pour satisfaire leur incommensurable détresse psychologique, qui s’aggrave depuis quelques années et l’invention du Tamagoshi comme ultime panacée à une vie sociale compliquée. Une belle régression en réalité augmentée, pile poil quand l’Angleterre nous ressort une Miss Thatcher bis et que le Portugal devient champion de football, tout en flamboyance à la grecque. On a connu des viols en réunion qui faisaient moins mal au cul ! Même à l’assemblée avec un 49.3 en guise d’éjac faciale.

En parlant de retour en arrière, un Hard Rock Café ouvre à Lyon. En 2016. Donc. De fins stratèges de la génération MTV ont sûrement pensé que la génération YouTube, élevée à la Vodka RedBull et aux starlettes découvertes par Nikos, avaient encore un peu d’intérêt pour le rock, dont le plus beau fleuron français se nomme Superbus. Les dernières traces de cerveau dans le rock remontent au suicide de Kurt Cobain, en 94…Depuis, Grégory Lemarchal est un Dieu vivant et Téléphone s’est reformé. On devrait donc légitimement retrouver aux murs de ce nouvel établissement, entre deux hamburgers à 20 euros, un doudou ayant appartenu à Louane, un djembé du groupe Tryo, un sarouel de Christophe Maé, une canette de Panach’ bue par le leader foufou des BB Brunes et les lunettes à Maître Gims. Soupirs…Je vais aller acheter quelques actions Nintendo avant de me retirer définitivement en Islande. Je suis si fatigué. J’espère que je n’ai pas un Bulbizarre dans le gros colon. J’aimerai partir dignement avant que des hordes de zombies lobotomisés ne viennent le chercher. Je sors à peine de la Gay Pride. Qu’on m’apporte une civière.

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Nos amis les hommes. 5/07/2016

D’aucuns feront remarquer la facilité qu’ont les anglais à sortir de l’Europe et de l’Euro avec un sens de l’humour et du ridicule qui n’appartient qu’a eux, mais peu diront combien il est compliqué de rentrer dans une anglaise, même bourrée. Au petit matin, devant le bacon carbonisé, l’impression dans les deux cas d’avoir fait une énorme connerie mais sans se rappeler vraiment quoi. On a vu une ouverture, on s’y est engouffré et on a réfléchit après, avant de regretter amèrement. A fond dans l’mur. Qui n’est pas un prénom islandais, mais qui nous donne encore à réfléchir sur les capacités d’un si petit pays à s’en sortir brillamment après avoir dit fuck à l’Europe et balayé la crise de 2008 juste en virant les politiques véreux et les banquiers corrompus. Ou l’inverse. Avec un peu d’humanité et de bon sens, et quitte à bouffer du requin avarié pendant des années, ce peuple fier s’est retroussé les manches pour reprendre son destin en main, chanter, faire l’amour, virer les rouquins de sa majesté de la compétition et donner la plus grande leçon de sportivité et de communion à une planète football éberluée. Un Euro en demi-teinte qui aura vu les français changer de tactique plus souvent que de coupes de cheveux et les appels à la vengeance et à la guerre refleurir avant de rencontrer nos amis allemands, ces enculés.

De bon ton alors que l’Irak, l’Arabie Saoudite, la Turquie ou le Bangladesh n’en finissent plus d’empiler leurs morts entre deux ralentis des exploits de la bande à Griezmann. Mais comme il n’y a aucun joueur qui intéresse José Mourinho dans ces pays-là, ne gâchons pas la fête de l’UEFA qui a d’autres soucis que de s’occuper de toute la misère du monde. Donnons avant tout du rêve à ceux qui sont déjà heureux. Et qui ont un téléviseur 4K et un abonnement à BeIn. Et puis c’est les vacances, flûte ! Vivement la plage , que l’on puisse feuilleter un Voici ou un Public, on a bien le droit de se détendre un peu après la folie des soldes, les attentats et ce temps délirant, non mais franchement vous avez vu un peu, j’avais encore un Damart vendredi dernier ! On y apercevra Marine Le Pen en maillot de bain, ce qui est presque plus flippant que son programme, on y apprendra que Marion Maréchal divorce alors que son combat pour la sauvegarde d’une famille FRANCAISE modèle en prend un nouveau coup après la mort de son père biologique ! Comment vendre alors ses salades à un électorat déboussolé, qui ne sait plus faire la différence entre un terrorisme régional artisanal et un grand banditisme d’état professionnel ? Valls et son 49.3, Neyret, Dassault et Balkany en liberté, Agnès Saal au Ministère de la Culture. A défaut d’avoir voté la loi sur le harcèlement sexuel par des politiques, les députés ont fait passer à temps celle sur l’interdiction de la fessée. Mais le coup de pied au cul reste fortement recommandé.

Enfin, c’est vivifiant, on y verra la jeune Louane seins nus en couverture, au grand dam de ses jeunes fans. Ces petites françaises pré-pubères qui s’insurgent que leur idole montre ses gougouttes juvéniles au soleil de l’île Maurice, mais pas que leurs mères continuent d’acheter ces torchons périodiques. Et puis quand on voit ce qu’est devenue Miley Cyrus après avoir grandi chez Disney…La vente de sex-toys à un bel avenir sur le net, ce qui est tout de même moins dangereux pour la santé que des micros de karaoké. D’ailleurs, en quatre décès, (Michel Rocard, Elie Wiesel, Yves Bonnefoy et Michael Cimino) la culture mondiale perdait en ce 2 juillet l’équivalent en neurones de 15 ans de candidats de télé réalité. Qui s’en remettront sans doute largement, Jeremstar n’ayant pas annoncé ces morts sur son blog. Oh bien sûr, on pourra toujours trouver quelques politiques « rocardiens » jusqu’à la moelle, quand ils ne sont pas « gaullistes » jusqu’au trognon , évidemment qu’il restera d’ardents défenseurs de la paix dans le monde, des BHL prêts à tout, même à faire des films pour avoir un Nobel (il pourrait au moins avoir Chantal dans le prochain). Quant aux poètes , qui n’a jamais versé sa larme sur une rime riche de Gradur (qui n’est pas un prénom islandais même s’il arrive a associer legging et Viking !) ou de Christophe Maé dans la France de Baudelaire, de Bigard et de Camping 3 ? Pour le cinéma tout en finesse et profondeur on pourra toujours s’en remettre à Michael Bay, aux franchises Marvel ou Fast & Furious qui revisitent avec justesse et brio l’histoire de la grande Amérique, fondée sur la défonce d’aliens (« la peur des étrangers »), les guns (« le respect du terroir ») et les super bonnes caisses (« la puissance sexuelle »). Pas de quoi s’alarmer donc, vu le planning de sorties jusqu’en 2025. En attendant je vais remettre Sigur Ros et regarder le Goût de la Cerise de Kiarostami. Le voyage au bout de l’enfer ne faisant que commencer, les portes du Paradis paraissent encore bien loin…

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