Edouard Baer. Centre de visionnage. De la télé, de la vraie…

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Nos amis les hommes. 30/08/2011

« Quand vient la fin de l’été sur la plage, il faut apprendre à se quitter » chantait jadis le talentueux C Jérôme dont l’indispensable Best Of réchauffa un été musical fort maussade (où sont les danses estivales et folkloriques de notre adolescence ?). Car les étés, depuis nos premiers camps scouts où Mr le Curé nous enseignait le pipeau à moustache, ont toujours été les témoins cruels de disparitions subites et de séparations  douloureuses. Combien de nouveaux copains, de maîtresses, de parents divorcés, d’amantes, de femmes de chambre, de moniteurs n’avons nous pas salués tristement sur un quai de gare, un arrêt d’autobus, le regard mouillé et le cœur lourd comme dans un film de Claude Lelouch ? Combien d’icônes adorées disparues sous des tunnels glissants, contre un camion taquin ou sous trop de seringues mal dosées ? Combien de grands parents fondus au soleil des canicules pernicieuses ? Combien de chiots abandonnés au bord des pissotières de l’autoroute du soleil ! Soleil mon cul ! L’été, cette saison où l’on doit apprendre à ne pas s’attacher, où l’on doit grandir si vite en mettant comme les grands ses sentiments au fond des poches, sous les mouchoirs souillés de ses premiers émois….Une sale saison, humide, où l’on compensera ses malheurs par un bronzage aléatoire, seule satisfaction d’avoir réussi ses congès avant la reprise. Car voilà qu’après le désarroi arrive l’horreur de retourner s’asseoir aux bancs rigides des écoles privées pour quelques années encore à apprendre à devenir les futurs moutons d’une politique désastreuse…

C’est donc la rentrée. Pour tout le monde. Et comme depuis ces souvenirs sépias de nos 8 ans, Jacques Balutin et Marthe Mercadier sont encore au théâtre, Michel Drucker toujours à la télé, Dorothée revient, et Pierre Bellemare, et William Leymergie et Philippe Bouvard….Mon Dieu, ne s’est-il donc rien passé en 30 ans ? Tout semble immuable depuis ces années, même la taille de mon sexe ! Incroyable ! Peut-être sommes nous dans un épisode de la Quatrième Dimension ? Dans un jeu de télé réalité ? D’Endemol ?  J’ai toujours eu horreur des molles. J’ai froid tout d’un coup alors que David Pujadas et sa tête de playmobil polonais me confirme que nous sommes bien le 30 août 2011 et qu’il y a désormais 8 millions de pauvres en France , et l’on ne parle pas là des 8 millions qui ont vu « Rien à Déclarer » au cinéma ! Non, de vrais pauvres, avec les ongles sales et un amour immodéré pour TF1 et Lidl ! Qui ne pourront même pas s’offrir le dernier David Guetta sous le prétexte un peu simpliste qu’il faut acheter du sucre aux enfants. Alors que c’est le même taux de cholestérol, mais en plus classe !  Des enfants qui pourront désormais prendre exemple sur Samuel Eto’o, ce génie parti pratiquer son sport favori, le foot, dans un pays sous développé où il peut garer son jet privé devant les douches communes. Un tel dévouement devrait le mener directement à la béatification (des papes proches du régime nazi y sont arrivés, un footballeur normal peut le faire, même sans aucune conscience !) alors même que joueurs italiens et espagnols chipotent pour savoir de combien sera le montant de leur prime avant impôts. En attendant, les gros cons de chômeurs qui se sont endettés pour leur abonnement annuel, attendent au Pmu du coin en mangeant des frites froides que ces messieurs tatoués en slip Dolce & Gabbana veuillent bien retourner tripoter leurs gnocchis sur les pelouses endormies des dimanches toscans.

« Il y a dans l’air que l’on respire, comme une odeur, comme un malaise » chantait Michel Sardou, cet autre chanteur trop tôt disparu. Et si je ne partage pas toutes ses idées (s’il a vu juste sur le temps des colonies, je ne suis pas d’accord sur le Connemara !) pour une fois, je ne suis pas loin de lui donner raison. Continuons la lutte. En chantant.

Nos amis les jeunes. 18/08/2011

La jeunesse  aura décidemment pesé au cœur de cet été tumultueux où quelques feux d’artifices municipaux tirés dans les cieux sans étoiles n’auront pas suffi à illuminer les regards éteints des spectateurs aveuglés par un léger voile de misère sociale. Alors que les apprentis cambrioleurs encagoulés de la perfide Albion ruinent les derniers espoirs de l’industrie du disque en mettant le feu à un entrepôt de Cd (ils s’en foutent ils ne savent pas ce que c’est) , les pouvoirs politiques s’en prennent à l’internet, à la téléphonie mobile, au diable, à la musique subversive, à Harry Potter ! Histoire de bien éviter de parler de leur absence de travail et d’attention envers une société qui n’en peut plus d’attendre un job qui ne viendra jamais hors des banlieues en vrac et des bandes organisées. Cameron monte le ton (à l’instar du prince Charles) et Elizabeth couine, un an avant leurs jolis Jeux Olympiques sensés asseoir la suprématie de la ville d’Arsène Wenger sur la carte du sans faute sécuritaire et de la CCTV. Pour un peu on se croirait à Rio ! Mais la beauté du sport ne vaut-elle pas un petit coup de Kärcher ?

En Espagne, le jeune est en colère depuis longtemps, mais reste assis pour crier son courroux. Il faut dire qu’il fait chaud dans les rues madrilènes à l’heure de la sieste quotidienne (de 13h à 17h), au moment où l’on réclame un peu d’argent et de visibilité à un gouvernement qui n’en peut plus depuis qu’ils sont champions du monde ! L’Ibère est tenace et entêté : il faut voir comment il garde les mêmes coupes de cheveux depuis 40 ans, fascinant jusqu’au plus profond de l’Allemagne du mulet !  Et sur ces considérations sociales délicates débarquent par wagons entiers les neuneus des jeunesses catholiques ! Avec leurs jupettes, leurs bibles et leurs jolis foulards de couleur pour que le prêtre les reconnaisse. Des milliers de jeunes illuminés, parmi lesquels des tonnes de vierges ! Un régal pour le prédateur non pratiquant qui s’emmerde en Belgique quand la chasse est fermée. Des chants, des rires, un avenir, alléluia ! Tel est le beau programme vendu par Bernard 16 et ses directeurs marketing pour rassurer ses ouailles sur la beauté du monde à venir. Attroupés en moutons fidèles autour de la route pavée d’espoir, ils regardent en pleurant le saint Pépère saluer de son préservatif de verre et d’acier la foule en délire. Justin Bieber ne lui arrive pas à la ceinture. De toute façon il est trop vieux maintenant….Pour que la fête soit plus belle, on a fait en sorte que les défilés homosexuels se fassent un peu plus loin, eux qui semblent s’exciter puérilement à la vue des matraques dressées. Mais bon, les coups et les douleurs ne se discutent pas. Laissons les enfants de Dieu s’extasier dans l’allégresse et l’argent du contribuable ! Amen.

Bientôt nous serons 7 milliards d’êtres humains (en comptant les ouzbecks et les nains) sur une planète qui n’en peut déjà plus.  Des enfants qui n’ont rien demandé viendront grossir le rang des prétendants à la famine dans des pays où il n’y a même pas la place pour construire des Mc Do. Est-ce bien raisonnable ? La stérilisation et le cannibalisme étant encore fermement prohibés par le Vatican, il va falloir être plus malin que son voisin d’infortune pour garder sa place au soleil. Ou aller habiter en Suisse…

Nos amis les hommes. 11/08/2011

La température est donc montée d’un cran dans cet été polaire où l’on bronze en Damart, les flammes de l’enfer s’étant dangereusement rapprochées des portes du capitalisme. Les bourses explosent. Et ça dégouline vilainement sur les visages hagards des petits porteurs qui pensaient mettre de côté pour s’offrir ce mobile home dans un camping de la Côte d’Opale. Ceux qui n’ont pas d’actions chez Apple ont les boules. Ceux qui n’ont pas d’actions du tout sont sauvés…mais pauvres ! Voilà, les années Reagan ont abouti à ça, magnifique gâchis financier et humain d’une société hautaine qui pensait vivre éternellement au-dessus de ses moyens en mangeant ses propres créatures. Mais l’indigestion est là. Le fruit de ses entrailles est pourri. Et il faudra un peu plus que la forêt amazonienne pour fournir des arbres aux générations futures qui devront essuyer tout ça  avec du papier toilette bon marché. L’Amérique de Coca et de Mc Do s’est goinfrée impunément pendant des années et s’étonne aujourd’hui de voir son gros bide éclater à la face du monde. Mais il n’y a pas que des gros aux States. Il y a aussi des obèses ! Sachant qu’avec une de leurs assiettes on nourrit 2 français normaux et 53 familles somaliennes (sans les mouches), combien de temps faudra t-il pour que le surplus arrive dans la corne de l’Afrique où le zébu s’assèche, et que la surconsommation baisse au pays de l’oncle Sam ?  Et combien coûtent un SUV Chevrolet, la guerre en Irak et en Afghanistan qu’ils ont eux-mêmes déclenchée pour montrer leurs gros muscles, l’arrosage du gazon de Jennifer Aniston, garder en état de belles chaises électriques ? A priori rien, puisqu’ils ont d’autres idées pour éponger leur endettement en se sur endettant sur le dos de pays déjà bien sur endettés….Non loin de là, à Cuba, Papi Castro fête ses 85 ans avec la banane. Au moins son peuple n’aura jamais eu à se plaindre de la côte de ses actions ! Un modèle visionnaire que beaucoup auront moqué en fumant un cigare dans les resort de Varadero où le touriste belge rougit  en s’extasiant au bar all inclusive. D’ailleurs, cela n’a rien à voir, mais lorsque je serai dictateur à mon tour, je pense interdire fermement l’accès des piscines d’hôtel aux enfants, tellement bruyants et indisciplinés. Et aux gros, pour d’évidentes raisons.

Plus près de nous, si les incendies ont plutôt épargné nos pinèdes estivales, les connasses de Secret Story ont bel et bien le feu au cul ! Un exemple vibrant de relation hommes/femmes que nos enfants lobotomisés regardent avec admiration. Mais bon, si on leur enlève déjà la piscine, pourra t on les priver de télé, ce dernier refuge culturel moderne avant l’épanouissement professionnel et le suicide ? Ne soyons pas trop durs, comme le répétait souvent Margaret Tatcher avant que l’Angleterre ne devienne ce pays de princesses frivoles et de princes qu’on sort pour exciter un peuple britannique qui fait même honte à Morrissey, ancienne icône déchue qui prépare un album sur les bienfaits du colonialisme avec Dieudonné.

Mais avant les Smiths il y avait eu les Clash. Et le Sex Pistols, et les Damned, et tant d’autres qui décidèrent de s’en foutre et d’aller à l’essentiel, sans paillettes disco, pour réveiller une société endormie à grands coups de discours lénifiants ! D’un look répréhensible et souvent un peu trop proches d’un nationalisme exacerbé, ces jeunes gens auront eu au moins le mérite de faire bouger les choses avant que les synthés ne reprennent le contrôle pour les 20 ans suivants.

Aujourd’hui, après des années à avoir subi  Take That et Susan Boyle, X factor et James Blunt, la jeunesse anglaise à comme des envies punk de crier à la face du monde son malaise social. Alors qu’on vient de mettre quelques milliards dans les Jeux Olympiques de Londres, il semblerait que tout ça soit un peu déplacé ! Si ça se trouve certains trouveront un job de stadier, les plus doués d’entres eux pourront garder les hôtels des footballeurs. Bénévolement. Et Londres, comme si de rien n’était, rayonnera aux yeux du monde ébahi par tant de magie pyrotechnique. Puis les futurs chômeurs paieront l’addition sur les 150 prochaines années, mais à l’échelle humaine, qu’est-ce que 150 ans, sinon une très bonne chanson de Raphael (le chanteur, pas le peintre) ?

Paradoxalement, c’est dans une société comme celle-ci qu’aurait dû naître le mouvement punk, alors que le consensus mou continue à gagner la majorité des artistes qui préfèrent passer à la radio avec leurs chansons inoffensives que descendre dans la rue avec la ferme conviction qu’une guitare peut encore tuer le fascisme et que les chansons sont encore le dernier refuge contre le cynisme ambiant et la connerie galopante. « Plus rien ne m’étonne » rappe intelligemment le très lucide Orelsan….Mais nos leaders se nomment Grégoire et Christophe Maé. On est dans la merde pour encore quelques années.