Nos Amis les Hommes. 21/06/2016

Pourquoi s’acharner à se foutre de la gueule de quelques supporters de foot alors que l’on a la chance d’avoir chez nous des lycéens à la culture générale plus proche de celle de Ribéry que de celle de Bernard Pivot ? Et même Ribéry sait parler plusieurs langues, c’est dire ! Voici donc que 15 000 abrutis, sûrs de leur bon droit, s’en prennent au bac d’anglais à la seule excuse qu’aucun d’entre eux ne fut capable de situer Manhattan dans un endroit précis du monde. En 2016, si l’on savait déjà que l’histoire-géo était aussi inutile dans l’éducation d’un ado français qu’un gilet pare-balles dans celle d’un enfant syrien, il paraît toujours plus facile de situer Port-Réal sur la carte du Westeros que n’importe quelle capitale mondiale sur une mappemonde ! Connaître sa géographie pourquoi faire ? Aller dans des pays étranger pour y prendre des selfies devant les monuments nationaux, manger au McDo et profiter du all-inclusive entre français ? Comme le dit si bien cet énième connard télévisuel dans « Moundir et les Apprentis Aventuriers » : ‘’L’océan mérimédien n’existe pas, par contre, l’océan méditerranéen oui !’’ Alors pourquoi s’en faire pour cette nouvelle génération, puisqu’ils s’entendent tous à merveille sur Snapchat, Instagram ou Tinder, avec les mêmes profils qui ne mentionnent guère National Géographic ou Planète Découverte dans leurs zobbies ? On a fait passer les demeurés américains pour de pauvres ignares jamais sortis de leur Texas natal pendant des années, nous voilà proches de leur niveau légendaire au moment où leur digne représentant, Donald Trump, pense que la Belgique est une ville d’Europe. Quand à l’éducation nationale, c’est pas d’une réforme dont elle aurait besoin, mais d’une reconstruction pure et dure, comme en Irak, même si on sait pourquoi là-bas les écoles sont en ruines…

En 2016, seuls 10 pays au monde vivent sans conflits internes ou externes ! Si l’on excepte le Panama, la Suisse et la Qatar pour de sombres histoires financières qui faciliteraient la vie de leurs concitoyens, on y trouve le Botswana, ce petit pays rigolo que nos jeunes amis sauront allègrement placer (et orthographier) à côté du Zimbabwe, mais aussi le Vietnam et le Japon pour l’Asie (comme quoi une bonne oppression ricaine peut avoir des conséquences profitables), l’île Maurice (le paradis de Voici et Public) ou l’Uruguay, le Costa Rica et le Chili pour l’Amérique du Sud. Ce dernier distribuant même son énergie électrique gratuitement grâce à une politique de panneaux solaires plutôt efficaces, à l’heure où la facture EDF prend 1 euro 50, pour nous punir d’avoir eu un temps de nordiste pendant ces 8 derniers mois…Plus les pays sont pacifistes plus ils vont vers la paix ! Oui, mais sans Eric Zemmour, Arthur, Christine Boutin ou Philippe Martinez, c’est quand même plus facile de rester zen il me semble ! Et les 65, 3 millions de réfugiés annuels ne sont pas encore dans leurs campings ! Tout ça sans barrière ou mur de la honte, chapeau ! Pour les vacances, on évitera juste le Vénézuela et le Brésil où la ville de Rio est officiellement en « calamité publique », endettée jusqu’au cou depuis sa coupe du Monde de foot, mais qui devrait retrouver du peps avec les compèts de Gymnastique Rythmique et Sportive des J.O. Une compétition ouverte donc, pendant laquelle les camés russes exclus pourront regarder tranquillement ceux du Tour de France pour prendre des leçons de discrétion.

Au milieu d’une actualité aussi dense on en oublierait presque qu’Henri Guaino est candidat à la primaire de droite. Avec tous ces inscrits, Marianne va avoir droit à un véritable gang-bang ! Un bon moyen peut-être d’attirer les jeunes vers les urnes. Mais c’est l’été, soyons désinvoltes. Ce soir les hooligans du foot festoieront de concert avec les terroristes de la fête de la Musique et chacun pourra alors retourner réviser pour les prochaines épreuves du bac, où, promis il n’y aura plus de pièges insidieux. Les 88% de reçus auront le droit comme leurs prédécesseurs d’aller grossir le rang des demandeurs d’emploi ou de partir tenter leur chance à Hollywood. Qui est à Los Angeles. Pour les recalés, pas de scrupules : n’oubliez pas qu’il vous reste la télé-réalité et que l’être humain a inventé la bière avant l’alphabet !

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La relève : Guillermo Guiz

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La coolitude est sûrement ce petit plus qui différencie les artistes belges des artistes français. Que ce soit en musique, cinéma ou stand-up, nos voisins d’Outre-Quiévrain affichent souvent cette décontraction potache qui leur évite de se la raconter plus que nécessaire. Longtemps moqués pour leur soi-disant bêtise, André Lamy, Tatayet ou leur amour des frites, il semblerait qu’une nouvelle génération ait réussi à renverser cette tendance très eighties à se foutre de leur gueule, en imposant leur humour et leur drôlerie à notre pays de snob, pendant que nos propres comiques s’embourgeoisaient au cinéma. Depuis « C’est arrivé près de chez vous » en 92, en passant par Dikkenek, les joutes verbales de Stephane De Groodt et les caméras cachées déjantées de François Damiens, le Belgique trône tout en haut de nos références en terme de blagues et de liberté de penser. Pas un hasard donc si les nouveaux noms à suivre à la radio ou sur les scènes de café-théâtre d’ici se nomme Walter, Laura Laune, Alex Vizorek, Charline Vanhoenacker, Nawell Madani ou Guillermo Guiz.

Et prendre un pseudo hispanisant alors que l’on a un nom de serial-killer belge (Guy Verstraeten), n’est-il pas déjà une belle forme d’auto-dérision ? Guillermo Guiz en joue d’ailleurs, comme de son passé familial, de sa jeunesse dans les banlieues difficiles de Bruxelles où, si l’on n’est pas assez bon pour jouer au club de foot d’Anderlecht, on a le choix entre devenir terroriste ou pédophile, ces deux petites fiertés locales qui ont remis le pays au coeur des conversations. Mais lui s’en est sorti. La preuve, il vient en parler devant nous, avec talent et désinvolture. Décontracté du gland…Micro à la main, à la Louis C.K, modèle avoué de ce trentenaire qui appelle un chat un chat et parle de sa bite avec le plus grand naturel. Il aime le sexe, les petits plaisirs et les femmes, sans qui ce monde serait aussi glauque… qu’une banlieue bruxelloise. Une pincée de racisme, un passage psy, quelques réflexions croustillantes sur le viol ou la zoophilie, on est en terrain connu, mais c’est jouissif, vivifiant, le naturel du garçon emportant le morceau haut la main. Et si l’on ne sait toujours pas faire la distinction entre un diable rouge et un flamand rose, il va falloir apprendre à s’habituer ici à l’humour belge, dont Guillermo Guiz est l’un des meilleurs représentants. Sans blaguer.

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COLUCHE (1944-1986)

Chaque jour qui passe nous rappelle un peu plus que la possibilité de rire de tout avec tout le monde s’est en allée également en ce terrible 19 juin 86. Depuis, à la télé, dans le journaux, chez les humoristes populaires, censure et régression ont gagné du terrain. Les patrons de presse qui contrôlent les médias n’ont pas plus d’humour que les chefs religieux et leur dictat d’un autre temps. Les comédies sont calibrées pour TF1, les acteurs ne veulent plus perdre leur place chez Drucker, les émissions de débats invitent des pitres politiques…Seuls quelques chroniqueurs radios continuent de lancer quelques billets salvateurs sur ce petit monde qui n’a jamais tourné aussi peu rond…Sûr que Coluche, comme Jean Yanne ou Desproges, aurait vomi son pastis sur ce constat déroutant. En 2016, les Restos du Coeur existent encore, et plus que jamais, on tue des caricaturistes, les clés de l’humour français ont été donné à Kev Adams ou Cyril Hanouna et Donald Trump s’apprête à devenir président des Etats-Unis…30 ans d’ennui et de questionnement. Et dans les coups durs, on s’en remet toujours à lui. Chacun sa religion. Les cons ont gagné du terrain, mais il reste encore de l’espoir.

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Nos amis les homos. 13/06/2016

Pour une majorité de fans parvenus de tennis, de golf ou de Formule 1, ces sports dénués de toute vulgarité, le foot rendrait con. Alors que non, c’est l’excès de bière et de nationalisme qui rend con, ajouté à l’absence congénitale de quelques millions de neurones qui pousse certains hooligans à vouloir en découdre dans les rassemblements sportifs populaires ou les meetings politiques populistes. Une belle vision de l’Europe, chacun braillant son amour du maillot et du houblon avant de vomir son trop plein de haine sur l’adversaire ennemi, cet enculé. Depuis le Heysel en 85, on ne pensait plus voir autant de débordement de fraternité au sein de l’espace Schengen. Si l’on interdisait les russes, les anglais, les turcs, les croates, les polonais ou les serbes de compétition pendant 12 ans, ça ferait plus de place pour le Liechtenstein, Saint Marin ou Andorre, et plus de matchs faciles pour les Bleus ! Mohamed Ali, qui s’y connaissait en baston et en a fait trembler plus d’un (dont lui-même !), ne disait-il pas : « Celui qui n’a pas le courage de prendre des risques ne fera rien de sa vie. » ? Personnellement j’ai pris le risque de ne pas avoir de courage. J’évite donc les fans zones et les centres commerciaux, histoire de ne pas me retrouver coincé dans une rixe entre supporters belgo-belges, étant personnellement incapable de reconnaître un diable rouge d’un flamand rose.

J’évitais déjà soigneusement les églises et les concerts de rock, voilà que je dois désormais éviter aussi les boîtes gays ! Aux Etats-Unis, on n’avait jamais connu tuerie d’une telle ampleur, même à l’époque où le disco faisait des ravages dans les oreilles d’une jeunesse sexuellement libérée. Trump parle d’une « mauvaise fusillade », les bonnes étant sans doute réservées aux salles parisiennes. Ceci étant dit, son génie et sa vista n’ont rien pu faire non plus pour éviter le carnage ou sauver Christina Grimmie, cette artiste de The Voice assassinée la veille dans la même ville d’Orlando. Pas le frère de Dalida, qui n’y est pour rien, même s’il a quelques responsabilités dans certains morceaux disco. Pendant ce temps-là en France, David Guetta et Will-I-Am officient en toute impunité…et Maître Gims est annoncé au générique de Camping 3, comme si le public d’ici n’était voué qu’au pire de la culture populaire au seul prétexte qu’il aime le foot, les tubes de l’été et Cyril Hanouna.

Mais il faut être un peu concon (et on a certains doutes sur les capacités intellectuelles des djihadistes depuis Charlie) pour aller s’en prendre à des civils américains et dérouler le tapis rouge à Trump pour la présidentielle. Reste à savoir si une fois au pouvoir il éradiquera d’abord le Moyen-Orient avant les boîtes gays ! Tous les drapeaux du monde deviennent des linceuls, dès lors qu’on veut aller les planter n’importe où …Le seul auquel je veux bien me rallier est aux couleurs de l’arc-en-ciel. Et si je dois un jour me faire sauter pour une juste cause, ce sera sûrement dans une boîte d’homos pleins d’amour plutôt que dans un confessionnal par des religieux aigris, bourrés de haine d’autrui et de frustration sexuelle. Le fanatisme est la pire bassesse chez certains êtres humains, les obligeant à ramper aveuglément devant des dieux, des idoles et des causes ineptes. Perso, j’ai juste un poster de Cristiano Ronaldo dans mes toilettes. Finalement, entre les attentats, les grèves, les morts célèbres, le temps maussade et Philippe Martinez, cet autre dangereux intégriste à moustache, regarder le foot à la télé est ce qu’il y a de plus relaxant en 2016. Sans alcool, mais avec Panach’, comme Dimitri « Paillettes », et en écoutant « I Will Survive », cet hymne disco de 78 finalement très pertinent aujourd’hui.

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Nos amis les hommes (en cirés). 3/06/2016

C’est marrant comme on les entend moins les défenseurs acharnés de la propriété terrienne lorsqu’une petite vaguelette d’un ruisseau à l’accoutumée aussi insignifiant qu’un discours de Robert Ménard vient emporter bruyamment la petite maison familiale, la voiture et le lit, avant de retourner dans le sien comme si de rien n’était. « On est chez nous, ici ! » gueulaient encore certains pour justifier leur vote FN et leur droit du sol. Non les gars. Personne n’est chez lui ici bas…De quel droit ? Celui, financier, d’avoir pu obtenir un crédit sur 30 ans pour pouvoir bâtir dans cette vallée pourtant non constructible, parce que monsieur le Maire n’est pas très regardant sur les détails ? Ou celui, familial, d’avoir hérité de cette vieille bâtisse de pierres brinquebalantes dont on se serait bien passé pour éviter de payer l’ISF? A la limite feignez de ne pas savoir, comme Macron. Mais tout juste êtes vous locataire, comme le chantait si bien Jean-Louis Aubert, avant de redevenir l’idole des rockeurs, à son insu.

Quelle prétention que de vouloir dompter la nature, propriétaire des lieux, acariâtre certes, mais qui sévit ici depuis quelques milliards d’années en prenant bien soin d’éliminer les innombrables morpions qui commencent à lui chauffer l’épiderme. Alors certes, ça peut tomber de manière aléatoire. Tsunami en été, tremblement de terre au printemps, incendies en hiver, coup de foudre au Parc Monceau.Et ni la gauche, ni les francs-maçons, ni la CGT, ni Alain Gillot-Pétré n’y sont pour quelque chose. Les industriels un peu plus. Simplement être un peu plus humble, un peu plus prudent et un peu plus vigilant sur les plans d’urbanisme et la procréation sauvage…Et pendant que des gens malheureux voient leur vie s’enfuir en trois secondes chrono, les pros du manche de Roland Garros se demandent comment, foutre Dieu, ils vont bien pouvoir terminer leur tournoi et empocher leurs millions en jouant à la baballe pour amuser les riverains du 16e et occuper Nelson Monfort ! La vie est injuste.

Vivement l’Euro ! Entre la finesse de Philippe Martinez et la légèreté des CRS, ce moment tant attendu pour resserrer le tissu social entre français devrait être un grand moment de rigolade au milieu des grèves, des crues et des ordures ménagères. Je ne sais plus quelle coiffeuse disait « Il n’y a plus de saisons ! » mais ça n’a jamais été aussi vrai alors que les Jeux Olympiques d’hiver commencent à Rio dans quelques semaines. J’aimerais tellement m’en foutre autant que de la chute de Canal Plus, mais je n’y arrive pas. A chaque fois que j’allume la télé j’ai envie de torturer un girafon. Racistes décomplexés, anti-racistes pro Benzema, people, viols, attentats, meurtres, FN, people, abandon d’enfants dans une forêt japonaise, crash, policiers corrompus, people, naufrage, assemblée nationale, nouveau Céline Dion, Boko Haram, people, primaires à droite, Daesh, Balkany, Franz Olivier Giesbert, people : la petite boutique des horreurs médiatiques est bien plus flippante que n’importe quel Wes Craven, mais bien moins jouissive !

Cyril Hanouna, qui n’est pas la moitié d’un con, disait encore récemment : «Les gens ont besoin d’informations qui entrent aussi vite qu’elles sortent de leur tête», se rêvant en une espèce de Jimmy Fallon français. Oui Cyril, sauf que Jimmy Fallon a du talent mais surtout du respect pour ses spectateurs. Et à cette allure le monde, si le temps le permet, se divisera bientôt en deux catégories : ceux qui rentreront encore dans des librairies, et les autres…

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Jean Yanne (1933-2003)

Moins populaire que Desproges ou Coluche, Jean Yanne fut pourtant l’un des plus importants penseurs humoristes (avec Pierre Dac) de son époque. Le regard toujours acéré, celui qui refusa toutes les distinctions (dont un prix d’interprétation à Cannes pour le génial Nous ne vieillirons pas ensemble de Pialat en 72) pensait que la bêtise était la chose la mieux répartie dans le monde, distribuée également entre les riches et les pauvres. Pas de lutte des classes dans la connerie humaine ! Il n’aura donc de cesse de s’en prendre aux institutions, aux puissants et aux gros beaufs de la même manière. Incisif, mais toujours lucide, jamais vulgaire ou blessant. La société telle qu’il la décrivait il y a 40 ou 50 ans n’a malheureusement guère évolué, mais peu de gens ont pris le relais avec une telle acuité et un tel talent. Le monde des média était déjà passablement pourri dans les années 60, la censure bien présente, même si l’on s’aperçoit, amers, que la situation était plus favorable à l’époque. C’est dire à quel point l’on a régressé…Ce nouveau livre nous permet de renouer le contact avec cet esprit vif, dont les aphorismes et les pensées fulgurantes sont un juste remède à la morosité ambiante. Et l’extrait qui suit terriblement visionnaire…C’était il y a plus de 50 ans…

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 » Que souhaite le gouvernement ? Diriger un peuple d’êtres avachis à l’oeil terne, à la langue pendante, au regard tiède et au vote orienté. Un peuple d’individus fabuleusement bêtes à qui l’on pourra prendre ses sous, que l’on pourra faire travailler pour un salaire médiocre, que l’on pourra « télévision-gouverner » à loisir, que l’on pourra nourrir de slogans et de poulets français ! Un peuple d’andouilles à qui l’on pourra faire prendre des vessies pour des avantages sociaux ! Alors, messieurs du gouvernement ! Avez-vous vu le public de Johnny ? N’a t-il pas toutes les caractéristiques de cet ensemble que vous souhaitez mener à la baguette ? »

In L’Os à Moelle, 23 juillet 1964.