Jean-Pierre Marielle (1932-2019)

Une gueule, une époque, un style, une langue…Respects éternels.

Marielle Extraits

 

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Enfumés !

Houla ! Quelqu’un est mort ?

Parce que je rentre à peine en France, j’étais en Bretagne pour affaires, et là j’ai l’impression que Johnny est re-mort ! En pire. Parce que même des étrangers pleurent dans nos réseaux sociaux. Voilà donc que la vieille Notre-Dame de Paris est en feu, un soir normal où l’on s’apprêtait à prendre nos Lexomil et une noisette de lubrifiant pour écouter notre président apporter des solutions constructives et durables aux nuisances populaires, avant de s’enfermer pour cinq semaines pour savoir qui de la meuf aux dragons ou du nain balafré auront droit à leur spin-off l’année prochaine.

Quand soudain, le cœur des français, et celui des rédactions, qui préparaient tranquillou les sujets sur les œufs de Pâques et la crise de foi, s’est embrasé comme un seul homme ! Le monument le plus visité d’Europe se consumait sans raison évidente, devant l’impuissance d’un peuple et des milliers de vidéastes amateurs, qui n’auront pas fait le voyage pour rien !  Puis à partir de là, la décence est parti en fumée aussi rapidement que la flèche…Comme bien souvent, la raison s’est diluée dans l’émotion, qui n’est jamais vraiment bonne conseillère. Demandez à Oscar Pistorius, Jonathann Daval ou Jean-Luc Mélenchon…

Un monument, tout célèbre et important soit-il, qu’il représente un pays, une histoire, une culture, une religion, un passé, une anecdote, un voyage, un souvenir ou n’importe quoi de personnel ou d’universel, justifie t-il autant d’épanchements et de réactions viscérales ? Parce que passés la tristesse et l’énervement de se réveiller potentiellement un matin avec une place vide, sans ce symbole gothique qui fait la grandeur de Paris (et de l’Eglise Catholique) depuis des siècles, on en oublierait presque que l’histoire de l’humanité s’est bâtie sur des destructions, des guerres, des bombardements, des attentats, des fachos et des intégristes peu adeptes de l’art roman, perse ou contemporain voire de l’art de vivre ! Mais pendant que tout s’écroulait autour d’eux, certains ne pensaient qu’à se tenir debout et à survivre, dans les décombres. Où l’on reconstruirait patiemment l’avenir, pierre à pierre. Londres, Berlin, Hiroshima, Bagdad, Mexico, Damas, Haïti, Sumatra, Fukushima…Faut-il que notre génération soit devenue à ce point matérialiste pour réagir de manière épidermique et parfois irrationnelle, s’émouvant pour un édifice alors qu’aucune catastrophe humaine récente, aucune cause humanitaire, aucune situation écologique dramatique n’aient pu générer un élan de générosité aussi spontané…D’aucuns diront que ça n’a rien à voir…Peut-être, et c’est bien là le problème…Les New-Yorkais ont vécu un traumatisme insondable en voyant s’écrouler le World Trade Center en 2001, ainsi que plus de 3000 personnes qui n’avaient rien demandé. La ville s’est remise à vivre rapidement sans tomber dans une surenchère indécente de dons en tous genres et de politiques grotesques venus s’acheter une conscience et des électeurs avant les JO de 2024. Entre les industriels venus montrer leurs bourses et défiscaliser devant le regard embué des badauds, les élans spontanés des banques, qui ont rarement autant de largesse pour nos découverts, celles des anonymes en tous genres qui gueulaient pas plus tard qu’avant l’allocution de Macron sur le pouvoir d’achat, un milliard d’euros a donc été trouvé en moins de deux jours, sans bouger les oreilles et sans même demander l’aumône au Vatican. Cet état milliardaire, qui fait son beurre depuis des siècles grâce à la crédulité du peuple, pour bâtir des églises justement et montrer qui a la plus grosse et la plus dorée. Les sdf, les migrants, les handicapés et les pingouins peuvent donc se rassurer : seules les émissions de télé annuelles, les quêtes et les albums caritatifs viendront apaiser leur quotidien. Ou des ados un peu plus clairvoyants que nombre d’adultes peu concernés. Un peu de lucidité aiderait pourtant à voir que la planète, en général, est bien plus en danger que Notre-Dame. A défaut d’aider directement des humains, quelle idée, on pourrait simplement offrir quelques années supplémentaires à leurs enfants pour profiter encore des dernières merveilles de ce monde, architecturales, végétales ou animales…Mais dans son grand aveuglement et sa petite supériorité légendaire, l’Homme se sent toujours au-dessus de la Nature, sans humilité aucune, pensant toujours sans rire que « ce » lopin de terre lui appartient, que « cette » frontière est celle de « son » pays,  que cette maison en bord de mer est « son » héritage.  Avant qu’un tsunami ne vienne gâcher subitement ses vacances, ou qu’un incendie ou un tremblement de terre ne lui rappellent finalement qui est le patron. Depuis des millions d’années.

Alors oui, chacun, en son âme et conscience veut apporter sa pierre à l’édifice, même s’il faudrait idéalement du bois, au risque de devoir déforester un peu celui de Boulogne. Mais même à la mort de Johnny les gens n’ont pas voulu donner aux enfants maudits, mais pourtant naturels, de la star ! Ni la mort d’Aznavour, ni l’élimination du PSG en huitièmes , ni la coupe de cheveux de Kurzawa, ni le génie de M’Bappé, ni le livre de Marlène Schiappa , ni la retraite de Jean-Marie n’ont suscité autant d’émotions ou d’effroi ! Et Victor Hugo, il en pense quoi ? Lui qui s’était déjà insurgé en 99 devant la bouse musicale de Luc Plamondon pourra au moins se consoler en se disant qu’après de tels drames, au moins les gens lisent ! « Paris est une fête » après le Bataclan, « Notre-Dame de Paris » en ce moment et pendant que les tours jumelles s’effondraient, George Bush Jr lisait « Petit Ours Brun ». Tout n’est donc pas perdu. Et la vieille Dame est encore debout, contrairement à celle de Cristiano Ronaldo. Si l’on pouvait simplement mettre cette générosité, cette énergie, cette solidarité et cet élan d’amour au service de causes un peu plus grandes et un peu plus vitales, il est quasi certain que l’espèce humaine en sortirait grandie et gagnerait un peu sa place au paradis, à défaut de ne pas trouver la sienne ici bas.

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