Nos amis les hommes. 15/09/2016

On sait depuis Apocalypse Now, que le vietnamien, contrairement aux mauvaises herbes, résiste moins longtemps à une pulvérisation d’Agent Orange, même au son de la Walkyrie de Wagner. On sait également depuis Hiroshima et Nagasaki, que les meilleurs chimistes et les plus grands cerveaux de ce monde ont eu de belles opportunités pour tester grandeur nature leurs petites décoctions en toute impunité. C’était la guerre. Et des asiatiques. Alors peut-on en vouloir à Monsanto d’éradiquer des abeilles (qui mange encore du miel en 2016 ?) ou d’avoir généré en 50 ans plus de monstres bicéphales que la télé-réalité ? A l’heure où la fusion avec Bayer (pour 66 milliards de $) fait flipper les hannetons, les paysans du monde entier espèrent simplement profiter un peu plus de leurs cancers pour observer les prochaines avancées fascinantes de ces industriels au grand cœur. D’ailleurs on aurait bien besoin d’un petit coup de Baygon vert ou jaune, et de Michel Leeb, pour combattre un peu quelques nuisibles plutôt tenaces en ces temps de fortes chaleurs. Et je ne parle pas que de mes morpions.

Jean–François Copé, en pleine forme, a décidé de rétablir le service militaire, la blouse à l’école, la Marseillaise et la pâte de fruit au goûter pour redresser un peu cette jeunesse vacillante qui fait rien qu’à avoir des prénoms étrangers. Lui qui a toujours été exemplaire, dans un parti exemplaire, entourés de collègues plus qu’exemplaires, se voit encouragé dans ces élans d’un autre âge par une belle armée de connards (Eric Ciotti, Eric Zemmour, Robert Ménard, Florian Philippot ou Christian Estrosi…) prêts à envoyer nos jeunes défendre la patrie contre l’envahisseur sarrasin, qui voudrait bien aller plus loin que Poitiers cette fois-ci, en refusant nos porcs et en voilant nos cochonnes ! Nicolas Sarkozy, quant à lui, rajouterait même à ce programme l’interdiction de la dérision dans les médias quant à la chose politique…Lui qui a déjà eu la peau de Canal Plus à défaut de celle de Ruquier ou de Yann Barthès, ces dangereux bolchéviques irrespectueux, rêve de Corée du Nord et de petits matins calmes, tel un chevalier blanc luttant ardemment contre les mis en examen (de gauche) qui salissent la République et ne méritent pas de se retrouver dans la course à l’investiture contre Marine Le Pen. Nico pourra au moins compter sur la loyauté de Patrick Balkany, le meilleur d’entre tous. Un modèle de réussite sociale, de finesse, d’intelligence et d’intégrité. Pas comme ce gros malin de Cahuzac !

Et puis c’est la rentrée, la pire période pour les dépressifs, avec le reste de l’année. A la fac, l’une des plus belles manifestations de l’intelligence humaine s’appelle le bizutage, pratique forcément inventée par un militaire, et qui tendrait à prouver que quiconque ne s’y soumet pas est, au mieux une tapette, au pire un asocial psychopathe qui n’a rien à faire dans un amphithéâtre. Comment en effet côtoyer le gratin étudiant alors que l’on apprécie ni la bière, ni les brûlures indiennes, ni Les Lacs du Connemara, ni les concours de t-shirts mouillés ni les soirées infirmières ? L’humiliation, comme rite d’acceptation, dans une société où il faut apprendre depuis des décennies à laisser son cerveau au vestiaire pour apprécier les défilés sous les drapeaux, les gages, les séminaires d’entreprises ou les émissions de Cyril Hanouna. Bouffer de la merde, en somme, pour faire partie de la masse et avoir une vie sociale digne de ce nom à la machine café. Où les plus chanceux pourront montrer leur nouvel iPhone 7, summum de la réussite sociale avec les Stan Smith, la moustache et l’intolérance au gluten. Mais que ne ferait-on pas quelques sacrifices pour avoir un appareil tellement plus intelligent que nos enfants, tellement plus tactiles que nos femmes…D’ailleurs, depuis que la mienne gère ma carte bleue, on fait tout sans contact. Ca me fait penser qu’il faut que j’aille racheter du Round-up pour m’occuper du jardin. Certaines choses deviennent un peu envahissantes.

BIZUTAGE

10 questions pour changer le monde avec GUILLERMO GUIZ

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Interview diffusée sur le site torrefacteur.com

Après une tournée des comedy club français cet été et quelques prix glanés ça et là, l’humoriste belge Guillermo Guiz débarque chez Nagui le vendredi matin (France inter) et investit la scène du Point Virgule à partir du 5 octobre, tous les mercredis à 21h15. Avant ça il a pris le temps de répondre à une poignée de questions cruciales.

Guillermo Guiz a un bon fond, d’accord, mais la forme tu en fais quoi, dans ce monde qui ne jure que par l’apparence ?

Si par forme, tu entends la manière dont je me présente au monde, je te dirais que ça dépend, je suis très changeant par rapport à ça, j’essaie d’avoir du style un jour, le suivant je m’en branle. Plus je vieillis, moins c’est important, mais j’essaie quand même d’être propre en public le plus souvent possible… Le jour où je serai célibataire, si ça arrive (ce que je ne souhaite pas), j’imagine que je serai plus à fond dans ce genre de questions. Et je te sens déçu de ma réponse.

Tu es belge, tu prends un pseudo espagnol et tu viens piquer le travail des humoristes français ? C’est ça ta vision de l’Europe ?

Mais oui, je suis né du bon côté de la mondialisation, j’ai bien l’intention d’aller au bout du délire. Après je volerai vos femmes et vos enfants. Je vous laisserai vos Citroen Berlingo.

Les mauvaises langues disent qu’être belge, c’est déjà drôle en soi…

Oui, si on considère que quelque chose peut être drôle pendant 40 ans d’affilée sans jamais s’essouffler. La Belgique, c’est comme ma femme, j’aime bien la critiquer moi, mais ça m’emmerde que les autres le fassent, spécialement les Français –qui ont déjà tiré sur cette corde pendant longtemps. Après, j’admets qu’on a d’énormes spécimens de cons chez nous. Mais j’ai la chance d’aller quelques fois en France en ce moment, et on sent quand même une vraie proximité géographique à ce niveau.

Qu’est-ce qui te fait rire en France qui ne te fait pas rire en Belgique par exemple ?

Le Gorafi, en France, je considère que c’est ce qui se fait de plus drôle en ce moment. J’ignore comment ils font pour être aussi bons, aussi souvent. C’est un mystère, je crois qu’ils ont inventé un robot ultime de l’humour. On a un équivalent belge très populaire, et même s’ils ont quelques fulgurances par ci par là, c’est dur d’être au niveau.

Les diablotins belges ont paru encore plus prétentieux et sûrs d’eux que nos bleus à l’Euro, alors qu’ils étaient favoris. Faut quand même le faire non ?

Oui, ce qui est normal, les diablotins, c’est l’équipe des Espoirs. Les Diables, ça c’est la vraie équipe. Et oui, je pense qu’ils ont pris la grosse tête, ce qui est normal. Si je jouais à Chelsea ou au Barça, je me la pèterais vraisemblablement.

Mais moi, tant qu’on se fait défoncer, j’ai la chance d’espérer qu’on fasse mieux au prochain tournoi. Et l’espoir fait vivre. Vous, dans vos cœurs de gagnants, vous déjà un peu morts.

De toute façon, je ne suis pas patriote.

On t’a aperçu à l’Olympia au spectacle de Louis CK. Pourquoi les américains sont-ils si forts en stand up alors qu’en France ça peut vite être pathétique ?

Doit y avoir 1000 raisons. C’est une culture depuis 50 ans là-bas, ça l’est depuis 10 ans ici. Y’a cinq fois plus d’habitants aussi, donc cinq fois plus de potentiel : le meilleur de 300 millions d’habitants, il a statistiquement toutes les chances d’être meilleur que le meilleur de 60 millions d’habitants. Mais c’est un argument à la con. Je crois que les meilleurs aux States ont 45 ans. Ils ont vécu des trucs et tapent leurs tripes sur la table, réfléchissent plus loin. Après, je suppose que si tu vas aux States, tu vas croiser des tas de gens qui te feront pas rire, ou qui ne te surprendront pas. Ici, au plus le genre va se populariser, au plus les stand-uppers vont vieillir, au plus y’aura de la qualité.

Extrait du spectacle Guillermo Guiz a un bon fond

Tu parles beaucoup de racisme, de pédophilie ou de prostitution et si l’on sent une vrai connaissance et une certaine tendresse pour tous ces sujets, jusqu’où peut-on aller trop loin ?

Quelle bien vilaine question dis ! Aller trop loin, c’est légitimer les trucs en les banalisant, ce que je ne pense pas faire. J’essaie de ne pas rire des victimes, mais de l’absurdité intrinsèque de ces comportements (la prostitution est un autre problème) qui me posent des milliers de questions. Mais c’est évidemment tarte à la crème de dire : le racisme, c’est mal. Donc j’essaie de trouver des angles qui permettent aux gens de rigoler avec un nouvel éclairage sur la question. Ce que je parviens à faire ou pas, en fonction. Je considère vraiment que le racisme, qui est l’une des béquilles du capitalisme, est à l’origine de la situation merdique dans laquelle on patauge en ce moment.

Le cinéma belge a cette noirceur et ce ton décalé que l’on adore depuis « C’est arrivé près de chez vous », (Les Convoyeurs attendent, Au nom du fils, Les Ardennes, Belgica, Calvaire, Bullhead, La Merditude des choses, Eldorado, Panique au village), nous qui sommes très sérieux depuis la Nouvelle Vague. Quelles sont tes aspirations à devenir comédien, comme 90% de nos comiques, et tes inspirations cinéphiles ?

Je suis assez cinéphile, j’ai étudié un moment le cinéma, mais y’a 50% des films que tu cites que je n’ai pas vus. J’adore le cinéma de Felix Van Groeningen, j’ai beaucoup de respect pour Bouli Lanners, et Poelvoorde est un génie. Pareil pour François Damiens. Mais moi, je suis un comédien de merde, j’ai envie de crever chaque fois que je m’entends jouer. Donc à moins d’un gros retournement de situation, tu ne devras jamais endurer ma tronche au cinéma.

Les gens ont parfois tendance à oublier que tu étais journaliste avant. Tu as fait de la radio et là tu arrives chez Nagui sur Inter, qui embauche déjà beaucoup trop de chroniqueurs belges. Quel est donc votre secret pour parler aussi bien de la France, pays qui vous a longtemps méprisés ?

Ben c’était l’objet d’une vanne dans ma première chronique, qui n’est d’ailleurs pas passée du tout. J’ai évoqué le point Linda Lemay pour mon arrivée, le moment où l’immigration artistique commence à casser les couilles à tout le monde. Et franchement, je ne sais pas si « on » parle bien de la France, parce que je n’ai pas spécialement l’impression d’en parler bien. Et je n’ai pas l’intention, chez Nagui, d’arriver en mode : « Oh, vous les Français, vous faites ça et ça, alors que nous, les Belges, on fait ça ou ça. Et on est quand même moins cons que vous. » En fait, pour te dire la vérité, je ne sais pas ce que je vais raconter chez Nagui. Mais je peux dire « bite » sur antenne, ce qui est déjà une victoire en soi.

Demain matin, Marine Le Pen et Donald Trump sont élus… Tous ceux qui ont vu Idiocracy (Mike Judge, 2006) savent ce qui va se passer. Toi, tu fais quoi pour survivre?

Ben moi je vis en Belgique où la droite dure est partiellement au pouvoir. Si je me lève assez tôt pour me battre, je le ferai, sinon je continuerai à vivre ma vie d’hétérosexuel blanc, à profiter des bien-faits du système tout en m’offusquant un peu de temps en temps, et en me disant que tout ceci est quand même très injuste. Après, si les gens opprimés sous Le Pen ou sous Trump commencent à se bouger, il n’est pas impossible que je me bouge aussi, dans mon coin, entre deux vidéos Youporn. De toute façon, Le Pen ou Trump ne changeront jamais notre condition métaphysique, et jusqu’à ma mort, c’est cette question-là qui me taraudera.

Question bonus : ton look grunge laisse présager un certain goût pour la musique, quelle est donc ta playlist idéale et quels sont les groupes belges qu’il faut à tout prix connaître, en plus de Jacques Brel et de Warhaus, dont le dernier album est magnifique ?

C’est une bonne et une mauvaise intuition. Je suis dingue de musique, au sens où je ne sors jamais dans la rue sans mes écouteurs, mais je ne suis pas un découvreur. J’ai fait une playlist sur Spotify de mes chansons préférées, que j’écoute en boucle, et j’y ajoute de temps à autre de nouveaux trucs. Au niveau des groupes belges, je suis la moins bonne personne à interroger. dEUS m’a fait bander pendant des années, mais j’ai lâché l’affaire. Zop Hopop, Zita Zwoon, Soulwax, Dead Man Ray, y’avait des trucs géniaux. Mais moi je suis très house en fait, en tant que clubbeur invétéré. Mon pote Simon LeSaint sort un truc là, sinon y’a Aeroplane et des gens comme ça que j’aime bien. Et je sens que tu es déçu. Mais tant pis pour toi fieu, comme on dis chez nous.

Nos amis les hommes. 26/08/2016

Depuis des années, j’ai une très bonne technique pour éviter la pollution aquatique, visuelle et sonore dès les premières annonces pertinentes d’un Bison de plus en plus futé (Partez le lundi !) : j’évite les côtes méditerranéennes. Non pas que la vulgarité bling-bling et les embouteillages sont dénués de charme, mais parce que je préfère partager mes mycoses au calme, de préférence dans des pays tropicaux ou dans des chalets montagnards 5 étoiles tenus par des gens du Golfe. C’est rassurant. Bien que je fusse pour le coup le seul en string au bord de la piscine au milieu de toutes ces femmes orientales que je pris au début pour des parasols, mais dont le regard persan à travers l’étoffe, venait parfois se poser sur ce début d’érection que je calmais au Dom Pérignon ou en me replongeant dans l’article de Paris Match sur la famille Macron. En retour, je les imaginais en dessous Vuitton (les baigneuses, pas les Macron), ne comprenant pas très bien les débats et la violence autour de ces habits de bain qui font surtout chier les méduses, obligées d’aller caresser les jambes velues des espagnoles ou de se frotter sur l‘eczéma des vieux hollandais. Car franchement, pour être tout à fait franc, ce burkini est très utile pour couvrir ses enfants moches et ne pas se taper la honte à la Voile Rouge, mais possède en revanche un vrai inconvénient : c’est très compliqué de faire caca dans l’eau avec.

Et pour revenir de Cuba où les gens se baignent tout habillés et par 40 degrés bien moites, ce double débat burkini/canicule ressemble à une ineptie de plus dans un pays qui n’est plus à une ânerie près pour entretenir sa mauvaise foi et son passé ambigu. Même la sortie du nouveau Frank Ocean fait moins de vagues. (Une mouette passe). Tous ces gens qui ont d’un coup trop chaud, les mêmes qui avaient vraiment trop froid jusqu’à mi-juillet, devraient aller définitivement s’empaler sur des stalagmites en été et plonger dans des volcans en hiver, histoire de régler pour de bon leur rapport difficile à la météo. En tous cas messieurs, n’oubliez pas vos enfants et vos gourdes dans la voiture. Et pensez à bien les hydrater. Et pour tous ceux qui en ont marre de sucer des esquimaux, léchez des cônes !

Ah ! pauvre pays jamais content de rien, comment en es-tu arrivé là ? Tiré vers le bas par ta tiédeur, tes penchants populistes, tes chanteurs de variétés aseptisés (Céline Dion revient, Maître Gims aussi et M Pokora s’en prend à Claude François), tes comédies familiales moisies et tes hommes politiques dangereux. Les touristes ne veulent plus venir?  Tu m’étonnes ! T’as vu la gueule de tes barmen et de tes taxis? Même pas foutue de décrocher l’or en handball ou la coupe en football ! C’est d’ailleurs d’un sport de combat dont on parle aujourd’hui, la boxe. Tout un symbole. Les poings et la rage pour s’en sortir. Il est grand temps de changer les ampoules au pays des Lumières et de passer aux LED. Et je ne parle pas de Nadine Morano ! Mais quand on voit la brochette de neuneus patriotes et égocentriques se lancer les uns après les autres dans des primaires qui n’ont jamais si bien porté leur nom, le barbecue risque de sentir le roussi. Et les seuls tremblements de terre que l’on relève sont les pauvres annonces de Sarkozy ou la non sélection de Ben Arfa contre la Biélorussie.

J’ai comme un frisson, malgré la chaleur. J’ai peur. Je suis à deux doigts d’aller dans le trou du cul du monde (ce qui ne veut pas forcément dire à la Fistinière) pour reprendre goût à la vie sauvage, manger des baies et caresser des lémuriens. Je préfère même finir à l’asile plutôt que dehors, avec les fous. Vivre, quelle prétention…Survivre, c’est déjà un sacré challenge à notre époque. Les cubains y arrivent très bien. Et avec le sourire. Et un peu de vaseline.

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