Nos amis les hommes, 27/02/2015

27 02 2015

Encore un matin, un matin pour rien. L’effet Charlie vient de se voir englouti par le vomi radiophonique de la nouvelle chanson des Enfoirés, « Toute la vie ». Dans une société à deux vitesses où il était déjà de bon ton de stigmatiser ces salauds de jeunes qui font rien qu’à pourrir l’ambiance en attendant l’héritage du petit pavillon familial et les clés du Kangoo, JJ Goldman le cycliste préféré des français, qui roule sur l’or depuis 15 ans au lieu de faire des disques, ce branleur, est sorti de sa retraite pour livrer cette petite chanson teigneuse et nauséabonde à un parterre de fans réac et rétrogrades qui n’en demandaient pas tant. Lui qui put aller au bout de ses rêves en écrivant de la daube pendant 30 ans, en veut aux jeunes qui fumeraient de l’herbe pour atteindre les leurs. On est contents de voir que M Pokora ou Michael Youn, dont les cibles préférées sont les 10-15 ans, cautionnent ce genre de message, histoire de garder leur place au chaud entre Mimie Mathy et ce bon vieux Mc Solaar dans cette bouillie sonore qui est à la chanson française ce que les Restos du Cœur sont à la gastronomie étoilée. Eradiquer la misère solutionnerait efficacement ce problème annuel, mais il semble que ce soit loin d’être gagné. Tous les enfants de France n’ayant pas des parents millionnaires et rentiers de la Sacem pour les aider à se lancer dans la vie active, c’est vrai qu’il en faudra du courage pour affronter les frimas à venir et trouver des emplois motivants et rémunérateurs que des patrons quinquas et débonnaires détruisent à longueur d’année pour payer les liftings de leurs actionnaires de Floride. Où qu’on accueille comme chez Sanofi avec la petite enveloppe qui va bien, remède miracle d’une industrie déjà milliardaire où l’employé moyen use cependant plus souvent du suppositoire pour se soigner.

C’est d’ailleurs par ces mêmes voies que passera désormais le 49,3, thermomètre en surchauffe d’une politique malade de ses tiraillements et de ses lois indigestes. Pour les autres, profitez bien de la grippe, mouchez-vous souvent, lavez-vous bien les mains et évitez d’embrasser n’importe qui avant le retour du printemps et des pollutions au pollen. Les plus résistants d’entre vous auront la chance d’assister en prime time à l’Apocalypse, prévu pour janvier 2023, juste après la Coupe du Monde hivernale de ces enculés de la FIFA au Qatar, les princes ayant dealé aussi avec les hautes instances divines pour que le spectacle puisse avoir lieu avant l’engloutissement général et le sacre de Paul Pogba. Contrairement aux Oscars, où il fut de bon ton cette année de se calmer sur les Noirs, après une année surchargée (Le Majordome, 12 Years a slave…). Aucun acteur nommé, mais un petit spectacle en live pour se faire pardonner et faire pleurer les afro-américains au son de John Legend et sur les images d’un Martin Luther King qui aurait sans nul doute apprécié les avancées raciales dans un pays où le policier blanc est toujours le plus fort mais dans lequel on peut désormais s’asseoir n’importe où dans le bus. Alors que le mexicain, lui, reprend du poil de la bête depuis 2 ans, n’étant plus seulement l’emblème des cuisines de fast food bondés, mais venant faire la nique à Fincher et Nolan sur leurs terres sacrées de réalisateurs hollywoodiens. Cuaron et Inarittu en maîtres du monde, on prend, en attendant la vague chinoise pour les prochaines éditions. Mais peu importe le réalisateur pourvu que le film soit excitant, pensent les foules féminines venues s’encanailler devant 50 Shades of Grey. 2 millions de spectateurs pour un film qu’on n’aurait à peine regardé sur la 5, à l’heure de YouPorn et de Lars Von Trier, on peut s’interroger légitimement sur la détresse sexuelle de certaines et leur envie d’émancipation par la fessée! Ce qu’il manque clairement à cette nouvelle génération d’assistés ! Il faut voir comment certaines jeunes filles de 22 ans me parlent sur Tinder, c’est indécent.

Souhaitons simplement que cette génération libre, connectée, lucide et insoumise ne passe pas « toute la vie » à devenir des gros cons réacs et parvenus. Et il y a de l’espoir : eux au moins n’ont pas grandi avec Jean-Jacques Goldman comme emblème.





Nos amis les hommes. 17/02/2015

17 02 2015

Il faut avoir passé au moins une Saint Valentin en Thaïlande pour se rendre bien compte de l’incongruité humaine et hygiénique de la soirée la plus hypocrite de toute l’histoire, depuis que le mariage est devenu la norme et l’aboutissement d’une vie réussie, faite de plénitude et de renoncements (à la plénitude) …il n’y a qu’à voir le 15 février comment les gens se parlent chez Ikea pour mesurer leur future cuisine et la distance qui les séparent du divorce. Pour le prix d’une année chez le psy ou chez le sexologue, un voyage au royaume de Siam éviterait donc à Monsieur, une fois n’est pas coutume, de se taper la queue devant l’Hippopotamus ou 50 Shades of Grey plutôt que sur Youporn, avant d’espérer sa récompense annuelle en rentrant tout frétillant au domicile conjugal. Alors que là-bas, avec l’envie de tout et l’obligation de rien, et sans vendeurs de roses pakistanais préalables, une poignée de filles amoureuses aux corps parfaits, à la souplesse légendaire et aux gestes précis rendent cette fête nationale inoubliable, pour peu que l’on ne soit pas allergique aux moustiques et à la citronnelle. La plus jeune d’entre elles, me montrait d’ailleurs sur son téléphone contrefait, une photo récente de Jean-Luc Lahaye, contrefait lui aussi, qu’elle appelait « Papa Chanteur » avec ce ravissant accent approximatif qui illumine les salons de massage de province et incite à reprendre des crevettes.
Je rentrais donc plus léger, du bonheur plein les doigts, pour découvrir l’Europe comme je l’avais laissée : moche et ensanglantée, triste et profanée, salie encore par quelques abrutis idéalistes et encapuchés. Mais l’intégrisme n’est plus à quelques trous de balles près, attirés par les petites sirènes d’un djihad qui ne fera triquer que les impuissants et les empêcheurs de jouir en rond. On leur souhaite, à minima, un cancer de la prostate. Ce que ne devrait pas subir DSK, serein, relaxé par les juges, après l’avoir été maintes fois par des putes. Verdict cohérent et rassurant au moment où les donneurs de leçons en tous genres se voient rattraper par l’affaire HSBC, banque amie des entreprises françaises où fructifiait jadis mon intéressement annuel en même temps que celui du Cartel de Juarez dans une grande partouze monétaire mondialisée, mais aux profits différents selon que l’on se place d’un côté ou de l’autre de la ligne blanche. Des précautions que ne prennent même plus les flics français, récemment boostés par leur nouvelle côte de popularité. American Desperado ressemble à un bouquin de Marc Levy à côté…De l’argent sale, des putes, de la coke, des ventes d’armes en rafale, des prestations surpayées… La vie est bel et bien un film de Scorsese, mais en moins bien. Au moment où l’on apprend au peuple à marcher droit et à survivre avec deux clémentines et un quignon de pain. Mme Lagarde finissant même par exhorter les grecs à payer leurs impôts sans broncher, elle qu’un amendement particulier exonère de toute taxe superflue. On croit rêver. Mais non. Ces gens sont bien réels. Et le peuple ne descend dans la rue que pour des heures supplémentaires ou des questions d’homoparentalité…Ca ira, ça ira…La preuve, voilà qu’à l’heure des économies et des sacrifices persos on nous ressort la carte Jeux Olympiques, histoire de claquer quelques milliards supplémentaires pour que Paris ait le droit à son tour de voir courir des athlètes sous amphétamines et des compétitions de luttes gréco-romaines comme au bon vieux temps où ces peuples de débauchés en toges occupaient leurs ouailles avant de conquérir le monde libre pour mieux l’évangéliser. 2500 plus tard le résultat est assez ébouriffant. Les croisades ont repris de plus belle et le chaos s’est installé partout, sauf au Liechtenstein, où il fait bon vivre.
Un mois plus tard, que reste t-il de la folie Charlie Hebdo finalement ? Des emmerdes disent les musulmans, des surstocks disent les buralistes, de l’espoir dit Marine Le Pen. Tout le contraire de l’effet espéré. Le monde a vite besoin d’un autre dessein. »





Gratulations !

11 02 2015

17 000 vues sur Toilette Intime, c’est un peu moins que les vidéos de lapidation, d’immolation, de lynchage, de décapitation ou de lancer d’homos du haut d’un immeuble qui anoblissent l’Internet et ambiancent vos journées moroses, mais tout de même. Certes nous n’avons pas la prétention d’être aussi drôle et léger, mais c’est bon de se sentir soutenu à l’heure où certains meurent de rire sans faire exprès.

Merci à tous de votre fidélité. Faites tourner. C’est gratuit.

(Pour les dons je vous glisserai l’adresse de mon compte HSBC, moi qui rêvais d’une banque qui ne me prendrai pas que pour un con, je suis servi).

Caresses.

GAD-lcl





Nos amis les hommes, 2/02/2015

2 02 2015

Je préparais ma valise en vue de mon déménagement prochain au Groenland, dernière destination mondiale où la folie des hommes n’a pas encore tout dévasté et où l’on peut rire de tout, au nez et à la barbe de l’Inuit qui a un humour encore plus limité qu’un salafiste, mais pas de kalashnikov. Je pourrai alors, loin de tout malentendu, critiquer le père Noel, caricaturer les rennes sans que les rois de la banquise ne s’en offusquent, sucer des Esquimau sans heurter la sensibilité de ma voisine catholique et néanmoins portugaise, me faire des moufles en peau de bébé phoque pour pouvoir, dans mes longues nuits solitaires, me tripoter avec en pensant à Brigitte Bardot jeune, les yeux pleins d’étoiles et d’aurores boréales. Tel un iceberg plein de CO2, je me fondrai alors dans le paysage, heureux, enfin.

Entre deux avalanches et une catastrophe front national, le français se réveille, fier comme un coq et dur comme un taureau, mais plus que d’habitude : ce matin il est champion du monde. Alors qu’il mangeait juste des knackis devant la télé. Et puis le handball c’est quand même autre chose que tout ces parvenus mal élevés du foot qui n’ont de qataris que les chèques. Quand on voit cette équipe bigarrée du Qatar chanter son hymne national la main sur le cœur (et un sabre dans le dos), ça donne envie de baffer Benzema et de prendre illico la nationalité du roi Hamad ben Khalifa al-Than, cet homme accablé qui eut le malheur de se voir offrir par ses trois épouses seulement 11 garçons, pour 13 filles, sa race la maudite, dont la grande majorité ne connaissait même pas l’existence d’Ibrahimovic ou les effets dévastateurs de la roucoulette. Nul n’étant prophète en son pays, c’est donc la France qui vit sa victoire se dessiner en terre hostile pour un cinquième titre légendaire, alors même que les frères Karabatic avaient parié sur une victoire qatari en finale. Les joueurs adverses, eux, sont passés à côté d’une villa, d’une Maserati, d’1 million de dollars et pas loin de la crédibilité dans leur implication mercenaire à l’amour du maillot.

Et s’il y en a un qui ne plaisante pas avec le patriotisme et les mecs en djellaba, c’est bien le spectateur moyen de football américain ! Déjà passablement remonté et motivé dans son américanité (ses parents sont irlandais et porto-ricains) par le dernier film de Clint Eastwood où un héros de la nation, sniper professionnel, dégomme du bougnoule à longueur de pellicule sous les vivas de la foule en délire pour leur apprendre les bonnes manières, le voilà chaud bouillant sur son canapé à crédit devant la grand-messe annuelle du Super-Bowl. L’équivalent français étant un match de rugby Toulon-Clermont, avec les Enfoirés qui chantent à la mi-temps après quelques pubs LCL de Gad Elmaleh et la bande-annonce du prochain Dany Boon. Des millions d’américains auront donc pu découvrir cette année Lenny Kravitz, ce chanteur qui fit plus pour la renommée du King du Falafel rue des Rosiers que pour celle du rock au pays de Bryan Adams. Les Patriots ont gagné, l’honneur est sauf et le monde peut retourner à sa grisaille et sa banalité pour une année supplémentaire. Un monde plus sûr cependant, où chaque enfant de 8 ans pourra se retrouver au poste pour propos déplacés. J’ai d’ailleurs dénoncé le mien l’autre jour car il faisait l’apologie de Maître Gims sur Facebook ! Plus sûr sur les routes (on devrait interdire tous types de véhicules à moteur d’ici 2050) et plus sûr chez soi, avec l’installation des détecteurs de fumée, invention salvatrice qu’une amie proche, qui a le feu au cul, refuse pourtant d’installer. Plus sûr enfin dans les affaires d’état. Mais au moment où s’ouvre son procès, DSK ne serait-il finalement pas le leader idéal à la tête de ce monde de putes ?





Nos amis les hommes, 14/01/2015

14 01 2015

Ce matin-là je ne me suis pas senti plus français que les 15 330 jours précédents de ma vie. Je suis né en France par hasard, je crois. J’aurais pu, malgré mon rejet de la neige et mon dégoût du fromage, revendiquer durant toutes ces années mon appartenance forcenée à la région savoyarde et brandir le bouclier frappé de la Croix Blanche de mes origines pour tenir la dragée haute dans les discussions entre auvergnats intégristes et fondamentalistes périgourdins, mais la maxime de la chanson de Le Forestier me revenait sans cesse alors que je brunchais devant BFM : « être né quelque part, pour celui qui est né, c’est toujours un hasard… ». Un hasard géographique avant tout, qui vit ma mère débarquer dans ces contrées sauvages à peine 110 ans après que ce bon Napoléon III eut la bonne idée de racheter ces territoires infestés de loups et d’ours polaires à l’Italie, dans l’unique but d’aller trombiner des bourgeoises en vison au bas des pistes de Courchevel en sirotant des Spritz. Sans cette passion méconnue de fourreur alpin, Napo aurait non seulement privé des milliers de cons en spatules de bouchons mémorables et de raclettes indigestes, mais ma génitrice aurait du pondre ailleurs, en Poitou-Charentes ou en Picardie, me privant de cette fierté régionale dont se gargarisent les cueilleurs d’edelweiss ou les chasseurs de mouflons, cet animal bougon qui ne se laisse pas facilement enculer.

Bref, je vivais paisiblement ma savoyardité, sans quolibets ni injures, une légère érection m’émoustillant lors des Jeux Olympiques d’Albertville de 92 (la patinoire sert depuis à faire passer Florent Pagny ), avant de m’apercevoir que je partageais cette particularité avec Laurence Ferrari ou Grégory Lemarchal, à qui le bon air n’avait finalement pas profité tant que ça. Je décidais alors de ne plus jamais montrer mon appartenance régionale en public, pas plus que ma bite ou que ma religion, les deux étant peu développées de toute manière. La première me donnera cependant plus de satisfactions et d’espoir que la seconde lors de ma vie d’adulte où mon athéisme primaire me permettra alors de faire la distinction entre les charlatans à chapeaux, les guignols en soutane ou les margoulins en djellaba et de m’échapper des lieux où l’on montre son culte à tout le monde avant d’aller baffrer. Je ne jugerai alors plus personne sur ses signes ostentatoires extérieurs, sa couleur de peau ou sa ville de naissance (même si c’est en Lozère). Je n’avais pas dit à cette fille que je la quittais parce qu’elle ne voulait rien faire le vendredi soir, mais parce que son fort accent canadien était insupportable ! Ni à cette autre que ses cinq prières par jour avaient une incidence fâcheuse sur la qualité de mon sommeil, mais qu’écouter Céline Dion pendant les repas était invivable. Et toi mon amour, je ne fuyais pas à cause de tes (trop) longues heures passées au catéchisme (que tu disais !), mais juste parce que discuter des idées progressistes du FN avec tes parents au moment du dessert m’empêchait d’apprécier pleinement ma Danette dominicale.

Enfant des années 70, j’occupais mes longues périodes d’hibernation montagnarde devant le téléviseur familial (l’électricité venant d’arriver récemment) après avoir coupé du bois et dépecé des écureuils pour le repas du soir. Je grandissais alors sous la haute bénédiction d’un père porté sur la gaudriole, planté devant Le Petit Rapporteur et tombant parfois sur un exemplaire d’Hara Kiri qui trainait aux toilettes où l’on se tripotait par contre à la lueur des bougies. Les noms de Cavanna, Choron, Coluche, Desproges, Jean Yanne, Cabu, Piem, Prevost, Le Luron, Reiser, Brassens, Ferré, Renaud puis San Antonio ou Vuillemin seront alors familiers de mes premiers fous rires, émois ou lectures adolescentes, mettant alors un point d’honneur à ne jamais prendre toutes les institutions au sérieux.

Les caricaturistes et les humoristes ont toujours eu le talent de voir au delà des symboles, des drapeaux, des clivages, des barrières, des frontières que les partis politiques, les nations, les sectes ou les religions ont dressé entre les hommes pour marquer leur territoire et diviser le monde. Les dénoncer était pour eux un exercice vital, citoyen, républicain, afin d’ouvrir les yeux de chacun et de mettre en lumière l’obscurantisme des autres. Ces soldats de la liberté d’expression sont tombés les armes à la main, droit dans leurs bottes et fidèles à leurs idées. Avec un courage et une volonté que l’on ne retrouve plus guère que dans de fragiles rédactions anarcho-bordéliques, les comiques embourgeoisés des plateaux télés ayant fait preuve ces derniers jours d’une étonnante transparence… Aujourd’hui debout, nous sommes des millions d’êtres humains, contre une centaine d’animaux malades. De quoi aurions nous peur ? Les balles sont dans leur camp, les stylos dans le nôtre.

Alors sans la fierté d’être français, j’étais ce matin-là heureux d’avoir grandi à l’ombre de librairies, de théâtres, de salles de cinéma, de bibliothèques dans le pays qui a vu naître Voltaire, Victor Hugo, Céline, Baudelaire, Michel Sardou, Eric Zemmour et la liberté d’expression…Chacun écrira, chantera ou filmera ce qu’il veut, on a le pouvoir de ne pas lire, ne pas écouter ou de ne pas regarder ce qui nous offense, nous agresse ou ne nous plait pas. En enlevant la télévision du cœur des foyers, peut-être qu’une étape supplémentaire vers le bonheur serait franchie. Et si blasphème il y a, il vient non pas de textes ou de dessins bien inoffensifs, mais bien plutôt de cette volonté de vouloir imposer au plus grand nombre une étiquette religieuse ou politique alors que l’on ne demande juste qu’à se lever en vie le matin, regarder nos enfants sourire, embrasser nos femmes légitimes dans le cou et partir au travail pour se faire humilier. Je suis athée, je suis un chien d’infidèle, je suis critique, je suis impertinent, je suis irrespectueux, je suis lucide mais je ne me suis jamais senti aussi vivant. Et si pour d’obscures raisons je me faisais agresser demain matin en allant chercher mes pains au chocolat par un fan hystérique et vexé de Grégory Lemarchal, je demande spécifiquement à être incinéré dans ma région d’origine, afin de bénéficier enfin du statut de fondu savoyard.





DEBOUT

14 01 2015

Charlie-Hebdo-du-14-janvier





Nos amis les Hommes de CHARLIE HEBDO, 7/01/2015.

7 01 2015

Décidement, les enculés ne respectent vraiment rien. Même pas le début des soldes. On les savait capables de brûler des cinémas ou des livres, de détruire des œuvres d’art, de défiler contre le mariage pour tous, de refuser d’enterrer des enfants roms, de lancer des fatwas comme on part à la guerre, d’envahir des territoires par eux-mêmes occupés, d’annexer des régions pour y chercher du gaz ou d’éradiquer des peuples entiers au nom de certains dieux racontés dans des livres d’histoires.
Mais ces fanatiques là ont toujours eu une fâcheuse propension à croire aux plus saugrenues, à se rassurer avec des contes à dormir debout pour exorciser leurs démons et expliquer leur propre aveuglement à ne pas voir en eux les réponses. De ces peurs et de ces faiblesses, les chefs religieux de tous bords en ont fait un commerce, voyant bien qu’il serait judicieux d’avoir sous leur coupe un tas de trépanés bas du front plutôt qu’une horde de penseurs maléfiques qui mettraient sournoisement des bâtons dans les roues bien huilées de leur machiavélisme. On appellerait ça la religion. Les non croyants seraient des hérétiques ou des chiens infidèles, les variantes historiques à leurs sketches seraient des inepties, et rien de tendancieux ou de blasphématoire ne saurait être prononcé à l’encontre des 3 rois mages de leur delirium tremens sous peine de subir leur courroux (où celui d’hommes armés de lances). Alors qu’ils s’appellent Dieu, Allah, Yahvé, Jésus, Johnny ou Mahomet, les leaders du monde moderne seraient barbus, barbants, rétrogrades, peu enclin à la déconne, machos et condamneraient fermement la sodomie, hors des cercles autorisés.
En décrétant alors que le Prophète ne saurait être représenté, certains fondamentalistes tendaient alors le crayon pour se faire croquer aux esprits taquins qui auraient pu lui donner une forme d’alien gluant, ou de pomme de terre, mais qui choisirent bizarrement une apparence humaine, alors même que ceux qui se sentirent outragés par ce journal danois étaient plus proches de la hyène ou du crotale que de l’homo sapiens. S’en prendre à un journal satirique quand on est soi-même une caricature d’être humain, s’attaquer à un organe qui défend des valeurs quand on n’en a aucune, est-ce vraiment raisonnable ? Au moment où la 3e guerre mondiale vient d’être évitée de justesse à cause d’un bon film potache (The Interview, à voir rien que par principe !), on se doit plus que jamais de rire de tout, tout le temps, dans une époque qui se prend bien trop au sérieux, partant du principe simple que les cons et les obscurantistes n’auront jamais d’humour ou de toute façon pas le même que le nôtre. On ne se faisait guère d’illusions sur l’orientation intellectuelle de 2015, et de voir Jean-Jacques Goldman une nouvelle fois en tête de nos personnalités préférées nous rassurait un peu. Il manquerait plus que ce soit Thomas Piketty tiens ! Ce bonhomme qui ne se sentit pas à la hauteur de la légion d’honneur, contrairement à Mimie Mathy ! Aujourd’hui alors, c’est le prix Nobel de la Paix et la médaille du Courage qu’il faudrait décerner à la rédaction de Charlie Hebdo et à ses héros morts au combat, Bic et gommes à la main, face à l’ignominie en armes qui n’eut même pas le bon goût de se faire sauter une fois leur forfait accompli pour rejoindre le paradis des crevures où les attendent pourtant leurs ancêtres épanouis en caressant des vulves virginales.
Le plus dur commence pourtant : il va falloir coûte que coûte continuer à être drôle, dénoncer les pitreries politiques, les pédophiles, les exactions, les dictatures, Wall Street, Ebola ou Keen V’ en évacuant la peur de l’autre et de l’étranger. Les religions et la couleur de peau ne sont pas tant à redouter mais c’est bel et bien la bêtise et le manque d’éducation et de culture qui conduiront le monde à sa perte. Alors plus que de pleurer cet acte odieux et la perte d’artistes militants, la liberté de la presse et son avenir passent par un acte très simple : l’acheter et la lire. Pour qu’elle vive, pour qu’elle continue d’éveiller les consciences et fasse reculer les barrières de la barbarie, pour qu’elle continue d’ouvrir les yeux sur le monde et ne cesse de faire battre les cœurs et d’irriguer les cerveaux. Deux organes que n’ont pas les intégristes et les fascistes de tous bords.

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