Nos amis les hommes. 12/01/2017

De son amour pour la mer et les marins, ma mère gardera bizarrement plus d’enthousiasme pour les gonocoques que de passion pour les monocoques, jamais invitée à fendre les flots indomptables une fois le capitaine essoré entre deux manches de la transat Jaques Vabre. « C’est pas l’homme qui prend ma mère…» chantais-je alors en attendant qu’elle finisse, me jurant de ne jamais devenir pêcheur de cabillaud ou navigateur solitaire. Et assis là sur cette bite d’amarrage dont le froid lancinant me perforait le cortex en remontant par le gros colon, je maudissais les mouettes, la marée et l’horizon mazouté en rêvant de soleil et de suppositoire à l’eucalyptus. Ca me rappelait un peu mon grand –père, et la sensation rigolote de son gros doigt poilu lorsqu’il l’introduisait lui-même, ma mère étant aussi démontée que l’océan voisin par grand vent.

Tout ça pour dire que je me contre-branle de la route du Rhum, que j’ai une vision assez particulière de ma mère, que Renaud devrait prendre du sirop pour les bronches, en plus d’un suppositoire et que je ne suis même pas breton. Ca fait combien docteur ?

Attaquer 2017 sur de bonnes bases, c’est important. Il semblerait que 2016 ait laissé des traces. Sur nos murs, dans nos corps ou dans nos slips. Mais les enculés sont encore partout, certains pas encore vraiment élus, d’autres pas complètement éliminés. Un psy et un Vitascorbol ne suffiront sans doute pas à affronter les frimas. Surtout si les flics, juste parce qu’ils sont cons et fachos, s’amusent à piquer les couvertures des migrants. Enlevons leur aussi leur couverture, sociale ou d’anonymat pour les livrer au pilori qu’ils méritent. Humainement, on en est là en 2017. Dans un pays civilisé. Mais, même moins onéreux, il sera plus compliqué de bâtir un mur anti-con qu’un mur anti-mexicain. Ils sont éparpillés, invisibles et bien plus envahissants que les puces de lit dans un hôtel Ibis. Et semblent s’adapter à l’évolution du monde et au réchauffement climatique, en étant persuadés que c’est les autres qui sont cons.

Et puisqu’on en parle, c’est l’époque du mercato où le footballeur moyen, mais millionnaire, décide d’aller jouer en Chine pour mettre sa famille « à l’abri ». C’est beau, c’est courageux. Comme ces milliers de migrants qui aimeraient mettre leur famille à l’abri: des bombes, de la faim, de la misère, des attentats, des dictatures ou des flics et des gros cons pour ceux qui sont déjà arrivés miraculeusement en France. Où l’on condamne un agriculteur niçois à de la prison avec sursis pour leur avoir apporté son aide. Estrosi et Ciotti s’offusquent. On rêve de les voir nager dans la nuit noire au milieu des méduses, des orques d’Aqualand ou attachés nus à la quille d’un monocoque.

Pendant ce temps, alors que Jul est nommé aux Victoires de la Musique tranquillement, la France pleure Catherine Laborde, Dalida et Grégory Lemarchal, dans une émission hommage digne de Jacques Brel ou David Bowie. Un pays qui vénère un mec de télé-réalité, célèbre juste pour sa mort, et une présentatrice météo à la retraite est un pays qui prend l’eau de toutes parts. Il ne faudra pas venir pleurer, à nouveau, en mai 2017 lorsque la sanction, attendue, tombera sur votre faiblesse et votre nullité culturelle. On a les leaders que l’on mérite.

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Notre amie 2016. 26/12/2016

Ah 2016, t’as de beaux yeux tu sais, mais tu as surtout le regard revolver, celui qui tue grave, plus que les clopes et les chansons de Marc Lavoine. Alors, certes, on peut considérer que partir à 96 ans est déjà une prouesse dans ce monde où les balles fusent comme au Far West et où les conducteurs de poids lourds ne respectent plus les passages piétons. Ainsi dira t-on que Michèle Morgan, Zsa Zsa Gabor ou Leo Marjane ont bien vécu, et que l’on ne souhaite une longévité de la sorte à aucun de nos chanteurs contemporains. Les carrières de Jul ou de Grégoire n’ont déjà que trop duré. Et l’on peut se dire avec regrets que Bowie, Prince, George Michael ou David Hamilton avaient encore de grandes choses à accomplir pour parfaire leur art si personnel. Ce dernier bossait d’ailleurs sur l’album-photo de vacances des Kids United. Au moins sa disparition leur évitera plus tard d’écrire un livre, le patrimoine culturel français étant déjà assez encombré par leurs reprises gênantes. Bien sûr, ces dizaines de célèbres décès ne sauraient nous faire oublier que les gens normaux meurent aussi, dans l’anonymat et la solitude, que leur absence de talent a contribué à bâtir. Si l’on peut s‘émouvoir, comme Ségolène, de la disparition de Fidel Castro, cet humaniste, comment être touché par ces milliers d’inconnus emportés ça et là par des coulées de boue, des volcans facétieux, le virus Zyka ou des feux d’artifices mexicains pour les plus festifs? Reporters sans frontières, qui a le sens des priorités, déplore 57 journalistes tués dans l’exercice de leur fonction cette année. Ce que condamnent fermement les rescapés d’Alep qui ont vu mourir des milliers de leurs concitoyens dans l’exercice de leur vie quotidienne ! Et Thalassa nous dit que 5000 personnes seraient mortes en mer en 2016, dont aucun concurrent du Vendée Globe. Comme quoi être un bon navigateur est un gage de prudence !

Globalement, on aura tellement eu les boules cette année, qu’il aurait fallu un sapin gros comme la Tour Eiffel pour toutes les suspendre. A côté des mecs de Daesh, de Trump, de Poutine, des Balkany, de Christine Lagarde, de Robert Ménard et des pédophiles du foot anglais, de l’église française ou de celui d’iTélé. La tête en bas. Pas sûr par contre qu’ils illuminent beaucoup la nuit parisienne.

La bonne nouvelle dans tout ça, c’est que Cyril Hanouna n’est toujours pas la personnalité préférée des français et qu’à l’heure de ses scandales répétés de gros beauf parvenu, on en viendrait presque à préférer que Baba et sa cour touchent le zob de nos enfants plutôt que leurs cerveaux, leur humour décomplexé et familial devenant la plaie des cours de récré, où le racisme ordinaire, le sexisme et l’homophobie se diffusent bien plus dangereusement que le savoir. Manquerait plus que Gad Elmaleh et Kev Adams fassent des blagues sur les chinois, tiens ! Seuls les puristes y verront là un hommage à Michel Leeb plutôt qu’une énième pique raciste sur une communauté qui n’a rien demandé, à part un quartier à son nom dans chaque capitale du monde. Et du coup, la personnalité préférée des français, qui ont eu la flemme d’aller voir du côté des chercheurs et des écrivains, reste Omar Sy. Qu’il fasse de bons films importe finalement peu à un public qui a bien élu Goldman, alors à la retraite (qui à dit à la ramasse ?) depuis des années. Un bel emblème de cette France multiculturelle, qui vient de s’offrir une Miss France guyanaise pour animer les foires agricoles et emmerder Eric Zemmour. Plus surprenant, Simone Veil se glisse à la 2e place ! A l’heure où fillonistes, lepénistes et intégristes en tous genres se verraient bien faire disparaître le droit à l’avortement, Simone et son combat sont encore bien vivants. Puisse 2017 apporter un peu plus de jugeote, de discernement, d’humanité et d’intelligence à cette frange moisie de la politique française. Et pour que malgré tout, entre Macron et le nouveau film de Dany Boon, la seule chanson de Marc Lavoine que l’on ait envie de chanter soit au moins « Qu’est-ce que t’es belle… ». En attendant évitez les trottoirs glissants, les huîtres avariées et les albums de Black M, on va avoir besoin de cerveaux valides dès le début de l’année.

George Michael + Little britain

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marcel Gotlib (1934-2016)

affiche Gotlib

2016 : génicide !

Après Bowie, Prince, Leonard Cohen, Michael Cimino, Alan Vega, Mohamed Ali ou Johan Cruyff, la grande faucheuse a  encore emporté un génie qui avait su révolutionner son art. Créateur de Fluide Glacial, de Super-Dupont, Gai Luron, des Dingo Dossiers ou de Rubrique-à-Brac, Gotlib avait su intégrer l’humour absurde des Monty Python et des pensées philoso-comiques à la Woody Allen à des planches cultivées et riches en caricatures jubilatoires. Après Cabu, Charb et les autres sacrifiés de Charlie Hebdo en 2015, Siné, le dissident cette année, la BD et l’humour sans limite viennent de perdre un de leurs plus grands représentants.

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