PIERRE-EMMANUEL BARRE, Saignant à Point

PEB

Article et interview pour le site ROCKYRAMA.COM

Découvert l’an dernier sur la scène du Point-Virgule dans son one man show « Pierre-Emmanuel Barré est un sale con », l’humoriste a depuis posé son petit pot de vitriol derrière le micro de France Inter (« On va tous y passer », les vendredis à 11h05) ou dans le petit écran (La Nouvelle Edition, Canal+, 12h20 du lundi au jeudi) à l’heure d’ »Attention à la Marche » !
Ou comment en 2013 la télévision retrouve des couleurs et de la morgue dans un Paf ramolli qui aime à se regarder le nombril et s’auto-gratuler plutôt que de divertir intelligemment, comme aux grandes heures de « Mr Cyclopède » ou du « Petit Rapporteur ». Barré lui, ausculte les plaies du monde avec sa tronçonneuse dans un élan revigorant et salvateur mais qui ne manque pas de défriser la ménagère de moins de 50 ans qui se serait trompée de chaîne. La sienne est en tous cas bien huilée et tranche dans le vif d’une actualité moribonde avec une verve et une érudition qui font du bien au moment de la vanne permanente et du tweet obligé. Utilisés avec talent, les mots, ces armes de destruction massive contre la connerie ambiante n’en sont alors que plus désarmant dans la bouche de cet olibrius qui pourrait être le gendre idéal s’il sortait avec votre petite Mélanie, la cadette qui rentre en 3eme. Alors avant qu’il ne finisse en Enfer, le bien nommé Pierre-Emmanuel Barré répond ici à 10 questions cruciales.

-Ton prénom mélange le côté minéral de l’Abbé Pierre et le côté soyeux d’Emmanuelle…Comment vis-tu cette ambivalence ?

Ah ok. On part sur des questions cons. Formidable, ce sont mes préférées, on peut dire des conneries.
Alors en fait j’ai hésité à changer pour un truc plus mainstream genre Kev Elmaleh, mais ça faisait une case de plus à cocher sur les déclarations SACD pour les droits d’auteur.
Quand on a un surnom ça augmente le temps de remplissage du formulaire, et je déteste les formulaires.
Ça vient de l’enfance je crois. De 0 à 12 ans, j’ai fini pas mal de fois en cellule de dégrisement et le côté administratif de l’incarcération m’a dégoûté.
C’est pour ça que je ne paye plus d’impôts.

-Tu te rends compte parfois que si tout allait bien dans le monde tu serais au chômage ? C’est pas un peu flippant ?

Techniquement, je suis complètement dépendant de la connerie humaine.
Mais c’est pas très inquiétant.
Ça fait dans les 200.000 ans qu’on évolue vers une espèce de plus en plus conne. Il n’y a qu’à voir les images des soldes avec des gens qui se piétinent la gueule parce qu’ils sont persuadés qu’ils seront plus heureux avec le dernier plasma Sony pour comprendre que ça n’est pas prêt de s’arrêter !
J’ai du boulot jusqu’à ma mort. C’est ça qui est flippant en fait.
On mourra dans une société consumériste avec des gens castrés et obèses nourris au Lexomil.
Professionnellement c’est une véritable chance.

-Les comiques qui comptent finissent tous dans une adaptation de BD, de Boule et Bill aux Profs en passant par Astérix…Si tu réussis, tu choisiras qui entre Rahan, Placid et Muzo ou Mimi Cracra ?

Je vais attendre de compter pour répondre à la question si ça ne t’emmerde pas.

-Quels sketches des Chevaliers du Fiel aimerais-tu avoir écrit ?

Je dirais volontiers du mal, c’est une de mes activités préférées, malheureusement je ne connais pas grand-chose des Chevaliers du Fiel…
Si tu veux, on peut dire du mal de Kev Adams.
En fait non. Même pas, le pauvre.
C’est pas de sa faute. C’est les gens qui sont cons d’y aller.
Lui c’est qu’un produit marketing, d’ailleurs il finit même par faire des pubs pour le CIC.
Mais il ne le sait pas je crois. On ne peut pas lui en vouloir.

-Penses-tu que l’on puisse rire de tout, sauf avec des cons ?

C’est marrant parce que c’est une question qui revient souvent dans l’humour. Alors qu’en fait, idéologiquement parlant, la réponse est super simple.
Soit on peut rire de tout, soit on peut rire de rien.
Ils me font marrer les téléspectateurs qui m’écrivent en disant « C’est scandaleux, vous vous moquez des femmes battues » alors que la veille je faisais un papier sur le championnat du monde de surf aux Philippines après le cyclone.
Les mecs étaient encore en train de fouiller dans les décombres pour retrouver le corps de leurs enfants.
Je ne leur demande pas de trouver ça drôle, bien sûr, mais juste d’admettre qu’aucun sujet ne doit être interdit.
Je chie sur l’indignation sélective ! C’est tout ou rien.

-En 2013, les mentalités ne semblent toujours pas avoir évolué au sujet de l’inceste…Comment en parles-tu à tes enfants ?

Je n’ai pas d’enfants, je suis stérile. J’emprunte ceux des autres.
Mais c’est comme pour la drogue:
De toute façon, ils en prendront un jour. Autant commencer avec quelqu’un de confiance.

– Michel Sardou a chanté : « Il y a dans l’air que l’on respire, comme une odeur comme un malaise » … On se demande bien quelle est la pollution la plus nocive finalement après Michel Sardou ?

A mon avis c’est la télé.
Tout n’est pas à jeter bien sûr, mais à force d’essayer de faire toujours plus de pognon on est arrivé à une machine à produire de la merde pour distraire les gens.
On bride la créativité, on copie pour ne pas prendre de risques. On censure pour ne pas choquer.
La vérité officielle est martelée, les débats sont faussement contradictoires entre représentants de la pensée unique, des gens stupides sont rendus célèbres, on idolâtre l’argent, les deux heures de pub quotidiennes de TF1 abrutissent les gens…
Et ne leur pardonnez pas mon Dieu, car ils savent très bien ce qu’ils font.
Je plaisante, bien entendu.
Dieu n’existe pas.

-Tu postes rarement des vidéos de chat, n’as-tu pas peur d’être rapidement ringard ?
Putain, je savais qu’il y avait un secret pour être dans le vent !
Merde, j’ai dit « dans le vent »?
C’est hyper ringard comme expression… »hyper » aussi non?
Merde, je suis peut-être déjà ringard…
Tu pourras mettre un lien vers une vidéo de chat sous ma réponse?

-Si vous avez tous les deux le visage et la voix d’un ange, la grande différence entre Grégory Lemarchal et toi, c’est que tu ne manques pas d’air !

Wah! Tu veux coucher avec moi! T’es tellement pédé!
Pédé pédé pédé!

-Dans qui aimerais-tu passer Noel ?

Haha. T’as un truc de prévu toi?
On pourrait s’enculer.

(En spectacle au Point-Virgule, les dimanches à 21h15)

Nos amis les chanteurs: Susan Boyle

0886444359900_600

Nom d’un petit bonhomme en mousse ! Voilà qu’à peine remis des Nrj Music Awards, cette émission qui arrivait d’habitude après les fêtes en même temps que la gastro, et encore sous le coup d’une récente rencontre virtuelle entre Hélène Ségara et le pauvre Joe Dassin pour exciter les nostalgiques des soirées Maritie et Gilbert Carpentier dont le sonotone fonctionne encore, un nouveau drame de la musique moderne nous arrive de plein fouet, juste avant les fêtes, plus violent qu’un accident de bus de pèlerins polonais sur l’A7 un soir de givre. Quel choc mes amis de voir ainsi apposer sur la même pochette les patronymes incongrus de Susan Boyle et d’Elvis Presley ! La Maïté de la chanson anglaise décongelée quelques années auparavant et ressortie chaque hiver comme n’importe quelle dinde au moment des offrandes à tous les mélomanes qui n’aiment pas la musique, partageant l’affiche avec le plus beau, le plus grand, le plus sexy de tous les crooners que la Terre ait porté depuis Roch Voisine. L’industrie du disque était-elle à ce point aux abois, qu’en plus des reformations de Boyzone ou Backstreet Boys, des 100 ans de Line Renaud ou de l’annonce du retour de Kyo, nôtre Noel 2013 eut à subir les outrages de quelques malfaisants du marketing en manque de signatures excitantes ? Mon doux Jésus, qu’il est loin le temps où Tino chantait sous la neige corse pendant que nous pelions nos mandarines, où Sinatra, sa fille et Lee Hazlewood arpentaient des peaux de bêtes mortes devant des cheminées fumantes pour nous susurrer « White Christmas » avant la messe de minuit, persuadés qu’un vrai Père Noel passerait alors cette nuit-là pour nous laisser nos Playmobil, nos masques de Zorro, notre petit mange-disque et surtout, nos rêves d’enfants. Aux nôtres, il ne reste qu’une compil des Nrj Music Awards, un lecteur mp3, le rêve de devenir chanteur à la télé et une question sur ce visuel angoissant : qui est le monsieur à côté de Susan Boyle ?

620-SUBO-ELVIS-2259306