Nos amis les chanteurs: Susan Boyle

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Nom d’un petit bonhomme en mousse ! Voilà qu’à peine remis des Nrj Music Awards, cette émission qui arrivait d’habitude après les fêtes en même temps que la gastro, et encore sous le coup d’une récente rencontre virtuelle entre Hélène Ségara et le pauvre Joe Dassin pour exciter les nostalgiques des soirées Maritie et Gilbert Carpentier dont le sonotone fonctionne encore, un nouveau drame de la musique moderne nous arrive de plein fouet, juste avant les fêtes, plus violent qu’un accident de bus de pèlerins polonais sur l’A7 un soir de givre. Quel choc mes amis de voir ainsi apposer sur la même pochette les patronymes incongrus de Susan Boyle et d’Elvis Presley ! La Maïté de la chanson anglaise décongelée quelques années auparavant et ressortie chaque hiver comme n’importe quelle dinde au moment des offrandes à tous les mélomanes qui n’aiment pas la musique, partageant l’affiche avec le plus beau, le plus grand, le plus sexy de tous les crooners que la Terre ait porté depuis Roch Voisine. L’industrie du disque était-elle à ce point aux abois, qu’en plus des reformations de Boyzone ou Backstreet Boys, des 100 ans de Line Renaud ou de l’annonce du retour de Kyo, nôtre Noel 2013 eut à subir les outrages de quelques malfaisants du marketing en manque de signatures excitantes ? Mon doux Jésus, qu’il est loin le temps où Tino chantait sous la neige corse pendant que nous pelions nos mandarines, où Sinatra, sa fille et Lee Hazlewood arpentaient des peaux de bêtes mortes devant des cheminées fumantes pour nous susurrer « White Christmas » avant la messe de minuit, persuadés qu’un vrai Père Noel passerait alors cette nuit-là pour nous laisser nos Playmobil, nos masques de Zorro, notre petit mange-disque et surtout, nos rêves d’enfants. Aux nôtres, il ne reste qu’une compil des Nrj Music Awards, un lecteur mp3, le rêve de devenir chanteur à la télé et une question sur ce visuel angoissant : qui est le monsieur à côté de Susan Boyle ?

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Nos amis les chanteurs: Cher

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Chère Cher,
Force est de constater que depuis 1966 et ton formidable tube « Bang Bang », ta carrière m’intéressait autant qu’un discours de Jean-François Copé. Comme tout le monde, en 1998, j’aurai pu subir en boucle ton single « Believe » avec lequel tu imposais au monde captivé des radios fm l’utilisation forcenée de l’autotune qui allait ravager pour les années à venir le milieu du rap et du RnB qui n’avait pas besoin de ça. Mais je n’avais déjà pas la radio et mon seul rapport à cette chanson fut la magnifique scène qu’en fit Will Ferrell dans son sous-estimé « Land of the Lost » en 2009. C’est la première fois où une de tes œuvres me fit rire aux éclats. La deuxième fut ce matin. A peine remis d’un petit déjeuner ultra vitaminé, d’un jogging de 16 kilomètres suivi de cette douche tonifiante sous laquelle je peux à loisir me masturber sans déranger ma femme, je tombais sur la pochette de ton dernier album en consultant les infos tragiques de la veille. Avec une certaine ironie, ton album se nomme « Plus près de la vérité » en français, et à te voir sur la pochette on est en droit de se demander si tu nous prendrais pas un peu pour des golios ! A 67 ans tu ressembles plus à l’enfant qu’auraient pu avoir Lady Gaga et Amanda Lear qu’à ma mère qui a le même âge que toi, mais chante cependant moins bien ! Nicki Minaj et Christina Aguilera vont sûrement être touchées dans la leur, de chair, si tu viens jouer sur leurs plates-bandes ! Même si tu as dû à toi seule épuiser toutes les réserves de la Silicone Valley, les chirurgiens esthétiques chinois de Miami ont au moins du boulot pour de longues années. La meilleure idée reste cette nuisette coquine et cette crinière peroxydée de femme fatale pour camionneurs en détresse qui relègue les vilaines brunes Mariah Carey et Céline Dion à de simples animatrices de karaokés pour grabataires californiens ! Tu jouais d’ailleurs il y a quelques années dans un film intitulé « Burlesque ». Pour le suivant, qu’on espère autobiographique (on veut tout savoir de tes amours avec Tom Cruise ou Gene Simmons de Kiss !) on te propose un titre tout trouvé : « Grotesque ». Charles Aznavour, autre arménien célèbre, vient d’avoir 89 ans. Il n’a pas pris une ride.

Nos amis les chanteurs : Luc Arbogast

Luc Arbogast

Il t’en aura fallu du temps, pour venir du passé, tel un Highlander du dimanche, poser ton bouzouki dans les salons de la France mélomane. Des parvis des cathédrales, déjà bien piétinés en leur temps par Garou et Daniel Lavoie, au Festival des Gueux de Verneuil sur Avre, tu auras traîné tes lourds oripeaux avant de tenter ta chance à la télévision, cette boîte à rêves, les druides ne pouvant plus rien malgré un talent inné et un look imparable qu’aucun directeur artistique du 21e siècle n’avait su déceler avant. Ainsi donc, toi, le gentil ménestrel qui parle aux dolmens, vint quérir la gloire sur le plateau de The Voice où ta voix et ton décorum mystico-médiéval firent se retourner l’intégralité du jury ! Il faut dire qu’avec Florent Pagny tu partages un amour commun de la ruralité et du pantalon en cuir et que l’on vous aurait bien vu gambader tous les deux dans la forêt de Brocéliande à la recherche d’elfes et de licornes gentilles. Cette reconnaissance tardive, mais justifiée, ne nous étonne guère dans un pays qui sut s’extasier jadis sur les mélodies ensorcelantes d’Era ou d’Adiemus, qui aime emmener ses enfants cultivés au Puy du Fou (les autres vont à Disneyland) et qui reconnaît le talent et les idées progressistes de Philippe de Villiers ou de Christine Boutin pour faire avancer la société. Dans cette France moyenâgeuse, ta musique de trouvère n’est finalement pas si anachronique, et si tu oses massacrer « La Moldau » de Smetana ou l’ »Adagio » d’Albinioni certain que leurs auteurs ne t’en tiendront pas rigueur, tu t’attaques aussi à « Mad World », tube des télés crochets depuis la version de Michael Andrews en 2001…Mais savais-tu seulement que ce titre de Tears For Fears datait de 1982 ? Une antiquité. Comme ton album, le 6e déjà. On se consolera en se disant qu’on a échappé aux 5 premiers et que grâce à toi, Keen V n’est plus numéro 1 du Top ! En attendant et avant que tu n’aies l’idée d’un duo prochain avec la fée Nolwenn, on te donne rendez-vous avec tous tes amis bardes, troubadours et autres mangeurs bios, babas, jongleurs ou punk à chiens au pied de Stonehenge pour un immense feu de joie au son des grelots et des flûtes.

Nos amis les comiques : Franck Dubosc

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Force est d’avouer que depuis tes débuts de lover dans « A nous les garçons » (à une époque, 1985, où ce genre de films pour ados ressemblait à du Sautet par rapport aux Anges de notre télé réalité d’aujourd’hui) ton parcours cinématographique force le respect d’Aldo Maccione, très jaloux de tes choix, toujours judicieux. Car du « Clone » à « Iznogoud », du sidérant « Cinéman » en passant par la série des « Camping » et les derniers chefs d’œuvres (Les Seigneurs, Bienvenue à Bord, Plan de table) qui ruinèrent les espoirs de comédie grand public d’une profession aux abois, tu as fait assez fort ! Cette profession dont Fabien Onteniente , ton réalisateur fétiche (il commit « Disco » avec toi aussi !) demanda récemment des états généraux, pour que de la comédie française tu restes toujours l’ambassadeur, mon chéri ! La figure de proue d’un humour bien de chez nous, qui aime les grands rendez-vous du dimanche à 20h 50 sur TF1 après la météo et les réclames, ou les discussions sur canapé entre deux chiennes lascives aux pieds de Drucker. Mais pour amuser les masses provinciales, tu te donnes (ou plutôt tu te vends) souvent en spectacle pour ausculter le pouls d’une société dont tu ne rates pas le moindre détail, comme ton ami Gad, critiquant ça et là les cafetières, les ascenseurs, le ski ou les ados boutonneux ! Récemment, dans un élan artistique d’un courage hors norme, tu déclarais vouloir enlever un sketch écrit sur Koh Lanta pour ton prochain One Man, suite aux morts malencontreuses de cet « Intervilles » exotique sans vachette mais avec des vers de terre ! N’importe quel humoriste un peu taquin s’en serait justement donné à cœur joie, mais toi non ! Tu penses famille, tu penses respect, tu penses verveine et ventes de DVD à Noel. Il fut un temps où les humoristes avaient encore un peu l’envie de remuer les consciences endormies par des heures de nouvelles tragiques. Aujourd’hui les nouvelles sont de plus en plus tragiques et les comiques de ton genre aussi, ne cherchant qu’à faire leur place au cinéma. D’où ils pourront mieux briller à la télé. Sans faire aucun effort.

Nos amis les chanteurs : Indochine

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Je dois bien avouer que j’ai une certaine fascination pour ton groupe Nico, lui qui arrive depuis 30 ans, à l’instar de la rouquine canadienne , à embobiner des milliers de fans à mèches à chaque nouvelle génération en ânonnant des chansons d’une platitude et d’une fadeur rarement entendues dans n’importe quel boys band qui se respecte. Avec cet univers gothico-romantico-plouc indémodable, vous réussissez l’exploit de lobotomiser à chaque sortie d’album de nouvelles victimes en pleine montée d’hormones qui trouvent injuste que la société ne reconnaisse pas l’existence des licornes et tourne en dérision les plateformes boots cloutées, tombées en désuétude depuis Highlander 3. Si l’on rajoute à ça les quarantenaires psychologiquement fragiles qui n’ont jamais réussi leur suicide en vous écoutant jadis, votre public reste donc étonnamment compact en ces temps de dématérialisation forcenée. Mais là aussi, tu es assez avant-gardiste, toi qui a pris la décision courageuse de faire toute la seconde partie de ta carrière en te passant de mélodies, de textes, de voix et de génie. Pourtant je reconnais avoir dansé comme un foufou à l’époque de « 3 nuits par semaine », lorsque je croyais naïvement que vous étiez le renouveau de la new-wave française, les Cure locaux, alors que vous étiez plus proches de Dead Or Alive. Le côté synthétique de votre musique et de vos chemises ne dépareillait pas avec vos compositions et vos claviers en plastique, mais au moins à l’époque, ton frère avait du talent. Aujourd’hui, à l’heure où l’église perd les pédales, tu prônes l’amour libre, unisex, des garçons au féminin, des filles au masculin, cherchant à récupérer tous ceux qui étaient parti voir chez Mylène si leur sexualité n’y était pas…Cette liberté d’esprit t’honore, on manque tellement de leaders couillus et charismatiques dans le rock français depuis la démission de Damien 16 ! Et reconnaissons au moins à Indochine le fait d’avoir fait plus pour la renommée de Mickey 3D que pour celle de la chanson à texte. Y en a au moins un qui s’en est bien tiré !

Nos amis les comiques: Gad Elmaleh

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Ah Gadel, j’ai eu beaucoup d’affection pour toi jadis, du respect pour ton travail de comédien, tes aphorismes, j’ai même souvent réfréné une demi molle à ton regard bleu acier où pointait sous les rictus du clown cette once de tristesse qui fait tout le charme des comiques troupiers. Puis il y eut « Coco », cet ignoble moment de mégalomanie cinématographique où l’on sentit bien que quelque chose s’était brisé, que tu n’étais plus de notre monde…Puis « Les Seigneurs »…Mon Dieu…Certes pour faire rire le plus grand nombre il faut des sujets populaires et fédérateurs. La machine à café, Ikéa, le ski, les ascenseurs !! Ce genre de thème où chacun retrouvera ses habitudes! Mais le travail d’un humoriste n’est-il pas aussi d’emmener chacun loin des ces horribles banalités du quotidien où les relations s’étiolent en attendant les huissiers? Avec certains de tes collègues de la nouvelle génération, vous aviez pourtant le bon goût de vous inspirer, parfois jusqu’au plagiat, de vannes écrites par les grands du stand-up américain (Chris Rock, Eddie Murphy, Richard Pryor ou Jerry Seinfeld dont tu pompes aussi allègrement l’affiche pour ton nouveau pestacle intimiste) en oubliant souvent que les gens d’ici ont aussi Internet..et que tout se sait…Perso, j’aurai vraiment aimé faire les blagues de Louis CK ou de Ricky Gervais, mais j’aurai surtout eu la fierté de faire marrer avec les miennes et un peu plus de respect pour ce public qui n’aurait pas la bonne idée d’avoir accès à vos influences mais la gentillesse de vous filer 50 euros pour les traduire…Faire rire est sûrement la chose la plus compliquée au monde, mais avec une vraie personnalité et moins de cynisme, on fait déjà une bonne partie du travail.

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Nos amis les chanteurs: la nouvelle pop française

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A l’heure où le monde tremble et prie pour ne pas devoir manger ses enfants, voici que la tendance pop du moment est à la futilité, alors qu’on aurait sans doute préféré voir quelques uns de nos leaders musicaux poser leurs grosses couilles poilues sur la table de la chanson française. Mais les convives, habitués depuis la sortie de Cobain et la faute de frappe de Cantat à un repas tiède et sans saveur, en eurent été durablement choqués ! Voici donc que la presse nationale, qui n’a rien d’autre à se mettre sous la dent (comme les Jt avec Depardieu et Bardot) s’entiche alors de nouveaux petits génies de la mélodie accrocheuse, qui ont tous bien rangé leur chambre et étudié en boucle les refrains des Smiths, les claviers de Cure, les rythmes de New Order et les guitares de Field Mice ou des Modern Lovers. On y est insouciant, amoureux, on y coure après des oiseaux sur des plages, de préférence au Cap Ferret, c’est plus proche de ce qu’aime le public des « Petits Mouchoirs », on regarde le ciel, on rigole en tombant dans le sable avec sa marinière APC et ses Docksides vintage. On s’appelle Pendentif, parce que c’est tellement désuet, tu vois…Kikou les copains ! crierait-on aujourd’hui pour se mettre à la page du célèbre magazine de nos idoles seventies. Car on est parfois aussi proche de l’esprit yé-yé (comme chez Granville), dont on se foutait royalement lorsque nos parents nous imposaient Richard Anthony ou Sheila sur le petit pick-up d’antan. Et l’on criait Aline pour qu’elle revienne. Maintenant qu’ils sont là on se dit que leurs chansonnettes inoffensives sont bien plus proches de l’esprit des Avions, de Jeanette ou des Calamités que de leurs maîtres anglo-saxons suscités. N’est pas Biolay ou Daho qui veut pour recracher autant d’influences sans en mettre partout. C’est mignon, c’est naïf, ça devrait exciter un peu la jeunesse parisienne, mais ça ne sera jamais que la Nouvelle Vaguelette. A trop brasser de vent, à trop vouloir sonner comme, Lescop s’est pris un arbre et n’est jamais sorti de la forêt où se perdent les fantômes de nombreux chanteurs français. Pendant ce temps-là, Fauve, qui ne ressemble à rien, a déjà sorti ses griffes et devrait convaincre très vite les foules de partir en safari. Plutôt qu’en pèlerinage.