Zach Galifianakis : En Roux Libre.

Article écrit pour le magazine Rockyrama Spécial Humour US (août 2016. En Kiosques)

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Il y a d’abord ce patronyme, que l’intéressé lui-même prononce souvent mal, des racines grecques assumées au détriment du sex-appeal et de la facilité (a contrario de son collègue Louis Szekely devenu C.K pour les intimes) qui font du comédien une espèce plutôt rare au pays des apparences. Et depuis un peu plus de 10 ans et le renouveau de la comédie US via le gang d’Apatow, Galifianakis est certainement avec Danny McBride ( Eastbound & Down, Les Femmes de ses rêves, This is the end…) ou Nick Offerman (Parks & Recreation, 21 Jump Street, Les Miller…) avec qui on le confond parfois, l’un des comédiens les plus singuliers de cette génération, capable de jouer les beaufs comme les inadaptés ou les psychopathes avec une aisance jubilatoire. Mais pour l’heure, après 20 ans de carrière, il reste en France le ‘’barbu’’ de Very Bad Trip. Une anomalie à corriger au plus vite.

Si la carrière de l’individu commence en 96, comme souvent par une poignée de petits rôles alimentaires pour payer les factures, les choses sérieuses débutent pour lui en 2007 lorsque Sean Penn lui confie un rôle dans son remarqué Into The Wild, avant de le voir en bon copain dans la charmante comédie Jackpot (Tom Vaughan, 2008), déjà une histoire de mariage qui tourne mal à Las Vegas. Beaucoup de films dans lesquels ils tournent ne sortant même pas chez nous, on l’aperçoit de temps en temps au détour de quelques œuvres attachantes : In the Air de Jason Reitman ou Be Bad (Youth in Revolt de Miguel Arteta) en 2009, sans parler du chef d’œuvre d’humour ‘’what the fuck’’ Tim and Eric ‘s Billion Dollar Movie ( 2012) où il campe un prof de yoga portant costume indien et catogan.

Mais il y a parfois des rôles trop lourds à porter, de ceux qui vous collent à la peau toute une carrière et ne vous laissent que peu d’espace pour vous exprimer ailleurs. Depuis qu’il a joué le bipolaire Alan dans le succès surprise de 2009, Very Bad Trip (Todd Phillips), Zach Galifianakis semblent un peu abonné au registre du gentil bêta au grand cœur, mais qui peut péter un câble ou décapiter une girafe à n’importe quel moment. Un personnage borderline que l’on retrouve notamment dans The Dinner en 2010 (adaptation moyenne du Dîner de cons par Jay Roach), Date Limite (toujours Todd Phillips pour patienter entre deux Very Bad…) ou Are You Here film inédit de 2014 (par le créateur de Mad Men, Matthew Weiner)… A chaque fois, un personnage fragile, limite dangereux et que sa bonhommie rend encore plus inquiétant. Véritable révélation comique des trois épisodes de Very Bad Trip, l’acteur attend pourtant toujours son grand rôle principal, celui qui pourrait asseoir définitivement son aura, à l’instar d’un Will Ferrell, à qui il donne brillamment la réplique dans Moi, Député (The Campaign, Jay Roach, 2012) ou d’un Steve Carrell qu’il croise sur The Dinner. Mais pas sûr qu’Hollywood soit encore prêt à confier un film à un gros roux instable et dépressif (coucou Louis C.K !).

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C’est donc dans les marges qu’il faut chercher tout ce qui fait la sève du talent de Galifianakis, comédien lunaire qui se voudrait à la fois clown blanc et auguste. Et c’est d’ailleurs de cette double –personnalité qu’il va jouer dans ses projets les plus personnels. En 2006, son premier one man show sur la scène du Purple Onion se transforme en un happening déjanté où il écluse des bières, joue du piano en récitant des aphorismes tous plus drôles les uns que les autres, fait intervenir une chorale d’enfants, s’allonge par terre ou déambule, l’œil torve, pour taquiner son public inquiet, mais hilare. Le show est filmé, les caméras devenant des complices de jeu et dans une autre partie montée en parallèle, un journaliste interview son ’’frère’’ jumeau, Seth Galifianakis, joué par lui-même et encore plus inquiétant que l’original ! Voilà donc où se situe l’humour du garçon, entre moments de gêne, saillies absurdes et questionnement identitaire. Pas étonnant que l’on retrouve alors ces thématiques en 2016 dans un projet de série assez personnel, Baskets, dont il eu l’idée avec un autre professionnel de l’humour décalé et malsain : Louis C.K. Diffusé sur FX, la série raconte l’histoire de Chip Baskets, qui se voyait devenir clown mais doit finir par animer les rodéos de son bled de bouseux. Galifianakis y joue également son frère jumeau, Dale, celui qui a réussit et passe à la télé dans des pubs TV sinistres. Un univers particulier, à l’humour glauque et vachard, où sa propre mère est jouée par un homme (épatant Louie Anderson) et la loose le principal moteur de son personnage principal. Le genre de série qui ne peut laisser personne indifférent, et qui vient d’être renouvelée pour une 2e saison. En 2009, et pendant 3 saisons, on s’était déjà enthousiasmé pour Bored To Death (HBO), autre série au rythme étrange où Zach jouait Ray Hueston un dessinateur de comics enfumé, qui donne son sperme à des couples de lesbiennes et dont les héros peuvent se battre avec leurs sexes gigantesques !

Zach Galifianakis, Archival pigment print, Martin Schoeller Portrait, Hasted Kraeutler Gallery, NYC

Enfin, c’est sur le net, et le merveilleux site Funny Or Die (crée par Will Ferrell et Adam Mc Kay) que le génie de Galifianakis s’est définitivement imposé. Depuis 2008, son émission Between 2 Ferns (Entre 2 Fougères) est devenu un moment vénéré par des millions d’américains (ils seront 15 millions à regarder l’épisode avec Justin Bieber!). Avec sa décontraction légendaire et son air débonnaire, Zach y interroge le gratin de la pop culture américaine (Sean Penn, Bruce Willis, Ben Stiller, Charlize Theron…) à grand renfort de questions absconses ou irrévérencieuses. Il fait jouer Arcade Fire pendant une interview de Samuel L. Jackson, roule une pelle à Will Ferrell, mange le chewing-gum de Brad Pitt pendant que Louis C.K les interrompt pour faire un sketch…Il se paie même Barack Obama avec un aplomb sidérant et ose avec Natalie Portman un définitif : « You shaved your head for V for Vendetta, do you also shaved for V for Vagina ? ». Voilà. Il récoltera avec ça 2 Emmy Awards, pas volés…

Joueur, jamais là où l’attend, Zach mettra également son talent vocal au service des Muppets ou du Chat Potté en 2011 avant d’être la voix du Joker dans le prochain Lego Batman. En 2014, il avait perdu des dizaines de kilos pour apparaître dans l’Oscarisé Birdman d’Inarritu, montrant s’il en était besoin qu’il est un ‘’acteur ‘’ avant d’être le comique de service. Même s’il reviendra en novembre dans deux comédies : Masterminds (Les Cerveaux) du barré Jared Hess (Napoléon Dynamite) où il retrouvera Owen Wilson, ou dans le nouveau Greg Mottola (Super Grave), Keeping Up With The Joneses. En attendant il jouera en costume dans Tulip Fever, de Justin Chadwick aux côtés de Christoph Waltz et Alicia Vikander. A 47 ans, Zach Galifianakis n’a pas encore exprimé toute l’étendue de son talent, ni imposé son nom au monde entier. Dans un univers médiatique à l’humour de plus en plus standardisé, il serait grand temps d’accueillir ce clown triste avec tambour et trompettes. Et tant mieux s’il ne fait pas rire les enfants.

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