Nos amis les cubains. 13/08/2016

Cher Fidel,

Par les temps qui courent, fêter ses 90 ans relève presque du miracle, plus personne n’étant à l’abri ni dans un hospice ni dans une église, pas plus que dans un pays en guerre ou dans une dictature lambda. Ah oui mais toi tu n’es pas dictateur, pardon. Juste un révolutionnaire, libérateur d’un peuple qui ne demandait rien, alors que les dollars affluaient normalement dans les casinos et les hôtels où les grands philanthropes Meyer Lansky ou Lucky Luciano, qui n’avaient plus assez de place dans les casinos de Las Vegas, blanchissaient tranquillou leur argent sale. La vie était douce, mais les jours bénis où l’on écoutait Célia Cruz et Frankie Sinatra en sirotant des mojitos à la piscine de l’hôtel Capri, c’est fini. En ce 1er janvier 59, le méchant Fulgencio Batista émigra en Espagne pour te laisser enfin redonner un peu d’espoir au peuple cubain qui avait tant souffert. Le temps d’un discours, tu affirmais qu’un monde meilleur était possible, mais à priori pas ici. Tu fustigeais l’envahisseur américain, ses pratiques diaboliques, mais gardait bien au chaud leurs véhicules, leurs hôtels, leurs biens mobiliers et tableaux de maîtres avant de renvoyer les yankees chez eux, les obligeant pour les 50 ans à venir à se taper les plages de Miami ou de Saint Domingue en all inclusive. Puis, après avoir combattu ces trous du cul ricains, tu pris goût à lutter russe. Que s’est-il alors passé dans ta tête de sauveur d’opérette pour que tu te permettes les pires exactions, opprimant alors ton peuple, piétinant leurs droits, leur liberté pour leur inculquer les joies du communisme primaire qui fit les grandes heures du peuple soviétique ? Après quelques années à fusiller des opposants ou à emprisonner des dissidents, ton ami cinégénique Guevara quittera même le navire pour aller voir si la révolution n’est pas plus verte ailleurs.

Pour revenir de ton charmant pays, je dois t’avouer que rien n’a vraiment changé depuis que tu te pris pour un super-héros. Les gens t’adorent et secouent des petits drapeaux sur ton passage comme devant Saddam Hussein ou Kim Jung-un. Mais c’est toujours préférable de se forcer à faire ça que de croupir en prison. Les enfants chantent ton nom dans les écoles délabrées, récitent les leçons du parfait marxiste, se partagent les rations de riz et de sucre que tu daignes laisser à leur convenance, la viande et les langoustes n’atterrissant que dans tes hôtels de luxe où s’ébrouent quelques gros allemands venus se faire sucer le bigorneau par des enfants de 16 ans en (qué) quête d’un peu d’argent de poche. Une belle leçon de socialisme à l’ancienne qui fit florès dans tous les pays l’ayant testé sur leurs populations consentantes. Mais mourir de faim à Cuba ou d’obésité aux USA, le choix est cornélien, me diras-tu. J’espère juste qu’avec l’argent qu’il te reste à la fin du mois tu peux au moins changer de jogging régulièrement et cultiver ton jardin en bon philosophe que tu es. L’histoire t’acquittera, disais-tu. Peut-être…Ton peuple non. Entre les milliers qui ont déjà fuit, ceux qui sont en train et ceux qui en rêvent, il ne restera plus grand monde pour verser sa larmichette alcoolisée sur ta dépouille de crapule militaire.

C’est pas tout, mais en plus il fait une chaleur du diable. Et les premiers matins au réveil sont épuisants. Dans ton pays où les coqs aboient de manière douloureuse, à force de dormir cul nul avec un ventilateur sur les fesses, j’ai chopé un orgelet à l’anus. C’est compliqué du coup pour arpenter les rues de La Havane, sûrement l’une des plus belles villes décrépies du monde. De l’extérieur, on sent bien l’héritage espagnol. Alors qu’à l’intérieur on imagine plutôt les portugais. Tentures, carrelages, rideaux, bibelots immondes…Dire que l’on pensait le mauvais goût réservé aux nouveaux riches et à Donald Trump…Mais peut-on en vouloir à ce peuple de trotskystes tropicaux qui dilapidèrent lamentablement l’héritage américain en remplaçant les moteurs des superbes Buick, Chevrolet et autres Cadillac par ceux de Lada russes plus modernes et plus économiques ? Même si l’on respecte tant bien que mal leurs goûts de chiotte, on apprendra à nos dépends qu’il ne faut surtout pas uriner dans les douches, l’écoulement étant aussi bouché qu’un castriste convaincu.

A climat tropical, habitudes caribéennes. L’absence de vitres aux fenêtres a t-elle un rapport quelconque avec l’absence de sommeil ? Et si chez Castro y a tout ce qu’il faut, Lapeyre y en n’a pas deux. Même pas un seul. Alors que poules, chats, chiens, oiseaux tropicaux, grenouilles ou enfants en bas âge viennent vous faire comprendre à quel point une société qui n’a pas de double vitrage est une société archaïque ! Alors que pour supporter les enfants, qui sont, comme dans tous les pays du monde, les nuisances sonores les plus terrifiantes pour les vacanciers à bout, il suffit juste de voyager pendant trois heures en taxi collectif dans une vieille guimbarde trafiquée aux odeurs de diesel et de skaï en écoutant du reggaeton et de la musique cubaine en boucle, pour avoir envie de prendre un bambino dans ses bras et d’envoyer tous les descendants du Buena Vista Social Club à Guantanamo. Le réconfort dans la musique, dernier rempart à la barbarie. Des baffles partout, des beats, du matin au soir. Prévoir des boules Quiès pour les plus fragiles ou les fans de Vincent Delerm.

Avant de rentrer, je profitais de trois mojitos à bas prix au bord de la piscine de l’hôtel, et paniquais subitement au bord du bassin en apercevant au fond de l’eau une énorme mygale terrifiante et velue, qui s’avéra finalement être une cubaine en surpoids, à la pilosité surnaturelle. Je me disais aussi…Les hollandais à la luminosité d’un Alka Seltzer ne l’avaient même pas écrasée avec leurs Birkenstock. Je repris un quatrième mojito. Quelques heures plus tard, au soleil déclinant, des enfants jouent dans une rue ombragée. En me voyant, les voilà qui accourent joyeusement, attirés avant tout par l’opulence occidentale que laisse deviner mon Nikon plein format, et qui représente pour ces jeunes chenapans environ douze ans de salaire parental. Sans réfléchir, je leur donne alors, simplement, un paquet de chewing-gum bi-goût, neuf, et voit leurs visages s’illuminer de ce bonheur intense qui fait la joie des pédophiles. Quelle tristesse tout de même ! Autant de faiblesse dans un si petit être humain, tout ça pour un paquet de confiseries industrielles, mais qui confère à son détenteur la grandeur d’âme de l’Abbé Pierre et la toute puissance de Marc Dutroux. Des jeunes cubains globalement plus excités par la chasse aux savonnettes et autres brosses à dents que par celle des Pokemons. Les interdits ont parfois du bon. Ce peuple souriant et joyeux, qui n’a jamais connu les joies d’un Big Mac ou d’un Coca Zero, élevé aux télé-novellas et au grand air mérite enfin un peu de répit et de bonheur durable. Un monde meilleur est possible. Reste juste à éradiquer les virus barbus, bien plus dangereux que tous les Zika du monde. Cuba est un pays fantastique. Mais je suis résolument optimiste. C’est dans ma nature. Je pense toujours que l’avion ne va pas s’écraser à l’aller, mais au retour. Pour ne pas gâcher les vacances.

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