La Culture de la lose

La culture française, celle qui fait vibrer les masses, peut se résumer en 5 mots : chasse, pêche, et tradition pour le côté terroir et nourricier du corps, télévision et religion pour le côté spirituel et nourricier de l’âme. Et il est aussi cruel qu’étonnant de voir que les mentalités n’ont pas vraiment évolué depuis des décennies dans ce pays, qui à force de vouloir se raccrocher aux branches de son délicieux passé, ne voit pas l’arbre s’écrouler lamentablement sur le terreau d’un futur qu’on refuse d’envisager serein.

La mentalité « française », l’exception, ce fameux caractère révolutionnaire (qui n’a jamais si bien rimé avec réactionnaire) est en train d’entrainer tout le pays dans le marasme culturel et le chaos politique, pour de fallacieuses raisons de privations, de libertés ou de droits individuels qu’on nous aurait volé…Les complotistes et les blacks bloc ont pignon sur rue. Nous serions attaqués, nous, les français ! Alors que le monde entier est dans la même situation que nous, à divers degrés. Mais chacun ramène ça ici à sa petite personne, prêchant pour sa paroisse et son confort moderne. Qui passe avant tout par un accès aux grandes surfaces et un réveillon du nouvel an en bonne et due forme, plutôt que par la santé retrouvée d’une planète à l’agonie.

Tout le monde souffre, à son niveau : physiquement, psychologiquement, économiquement. La situation n’arrange personne et les conspirationnistes névrotiques assez cons pour croire le contraire, anti-masques et anti-vaccins, ne sont que de dangereux psychopathes criminels, dont Trump serait devenu le super-héros ultime. En plus du Covid qui ravage son pays, Donald continue les exécutions, afin de laisser définitivement la trace gluante que son passage mérite dans les livres d’Histoire. Que cet homme soit un modèle pour beaucoup d’apprentis fachos est l’emblème de ce monde élevé à la vulgarité, à la télé-réalité, à l’autosatisfaction, aux selfies, à la peur de l’autre et à l’argent roi. En pleine pandémie et récession mondiale, avant des tombereaux de licenciements à venir en 2021, Amazon annonce des chiffres records pour son Black Friday, nouveau rendez-vous immanquable d’un consumérisme aveugle et débectant.

Tout est dit.

Cyber Monday. Fisting Sunday. Consommer plutôt que vivre. La seule mission de cette partie de l’humanité (qui a les moyens et qui est chrétienne) est de sauver Noel. Après nous le déluge, comme disait Noé, le créateur de la SPA. Alors oui, tout le monde va passer une année frustrante et compliquée, changer ses habitudes, perdre son taf, son temps, ses espoirs, son argent, ses illusions, ses envies, ses proches…Certains vont noyer leur chagrin dans l’alcool ou leur pénis dans le formol. D’autres vont se prendre en main, se réinventer et envoyer bouler certaines certitudes. Recommencer à vivre, plutôt que d’être en vie.

La seule grande injustice vient donc de cette obstination à sauver les grandes surfaces plutôt que la culture. Ouvrir des lieux de culte plutôt que des théâtres, c’est la priorité ultime dans un pays laïc ! Aujourd’hui pour voir un mec faire du stand-up, raconter des inepties devant une foule captive ou chanter des tubes indémodables, il faut aller à la messe. Avec un peu de chance on en ressort protégé à vie contre le virus, le mildiou, l’homosexualité, le communisme et l’obscurantisme. Dieu merci, les libraires et les disquaires sont à nouveau ouverts. On pourra se plonger dans les mémoires de Nicolas Sarkozy ou écouter en boucle l’hommage stylé de Jul à Mickael Jackson. En claquette chaussettes ! Pour le coup y en un qui doit vraiment finir en prison pour ça.

On sait que les gouvernements totalitaires ont plutôt tendance à éliminer la culture en premier, parce que des gens instruits sont des gens dangereux. Mais depuis quelques années nos dirigeants prouvent chaque jour que des gens peu instruits sont tout aussi dangereux, pour plein d’autres raisons. Alors si ça doit être dur, long et douloureux comme dans une scène anale de Rocco Siffredi, il faut que ce le soit pour tout le monde. Pas à la carte, pas pour faire plaisir, pas par calcul pré -électoral. Un confinement doit ressembler à un confinement, comme en mars, et pas à un grand n’importe quoi généralisé, mais où l’on peut acheter des huîtres, chasser ou se faire poser de faux ongles. Vu le niveau de nos gosses en français et en maths, c’est pas quelques mois de plus à l’arrêt qui vont changer la donne. Les 10% les plus riches qui vont au ski chaque année, devront prendre leur mal en patience ou partir à St Barth pour une fois. Les inconditionnels de la poudreuse pourront toujours aller se prosterner sur la tombe de Johnny…Qui a sûrement bien fait de se barrer avant le grand n’importe quoi.

Mais au-delà de la crise sanitaire, il faut préparer en parallèle les élections de 2022, qui promettent déjà un beau moment de politique et de convivialité. On a les dirigeants que l’on mérite. Et à vouloir chercher le diable dans chaque recoin de l’actu, on finira par lui donner une place de choix. Vincent Bolloré, dans l’ombre, travaille au retour de la droite dure, extrêmement extrême, en faisant de CNews une tribune populiste et réactionnaire, préférant protéger Zemmour et Praud que Sébastien Thoen et Stéphane Guy. L’homme, en son temps, avait déjà eu la peau des Guignols et du Zapping pour aider son ami Sarko à s’en sortir. Les années Canal sont bien loin, on est plus proche aujourd’hui des années Caniveau. Et le réveil post Covid pourrait bien amener ce pays dans une situation qui correspond vraiment à ses peurs quotidiennes et souvent infondées.  

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