Qui es-tu Honoré Berdule ?

Honoré Berdule, pour d’évidentes raisons patronymiques, a toujours aimé la langue française et les alexandrins. Mais malgré son amour pour la rime riche, il avait bizarrement en horreur les noms de famille en -ule. « C’est ridicule ! » se disait-il chaque matin devant le tableau noir où son nom se voyait associé selon l’humeur taquine de certains élèves, à quelques tentacules, clavicules et autres testicules. Voilà déjà 20 ans qu’il s’asseyait sans envie sur ces vieilles chaises en bois où son père avant lui usait son pantalon de velours et son humeur communiste, essuyant déjà ses doigts plein de craies et de crottes de nez sous l’assise décrépite. Pour faire plaisir à sa mère à l’article de la mort, il avait décidé de subir lui aussi les quolibets et les injures quotidiennes des nouvelles générations dont la seule ambition linguistique était de maîtriser correctement tout un panel d’insultes, en différents dialectes, et dont certaines s’adressaient directement à sa génitrice. Qui ne mourût finalement pas, renforçant son aigreur viscérale pour le corps enseignant.

En ce mercredi matin sournoisement printanier, alors que l’on supporte facilement un petit sous-pull acrylique, Honoré déambule et voit dans le couloir, qu’un petit groupuscule au look ostentatoire, se moque de Gudule, un élève tout noir.

Wesh ! Son sang ne fit qu’un tour, et par le strass de l’oreille il saisit le gros lourd pour l’enfermer alors à double tour dans un local aussi étroit que ne l’était le jeune homme. Honoré se fit la réflexion qu’il n’était sûrement pas le premier à passer par ici. « Ah ! ces grosses fiottes déguisées en caillera ! » pensa-t-il en même temps qu’à son oncle Alphonse, qui lui enseigna les plaisirs conjugués de l’histoire de France et de la pipe quand il avait 11 ans. Il pensa aussi brièvement à Booba, à la réforme des collèges, à la loi Devaquet, à tous ces incompétents du ministère, à Cristiano Ronaldo, à l’orthographe sur Twitter, à son anti-islamisme dormant et à son avenir compromis dans l’éducation nationale alors qu’il allait et venait nonchalamment dans le jeune dépravé. « Alors Bidule, qui est-ce qui rit quand on l’encule maintenant ? », éructa-t-il à l’oreille de Youssouf avant de quitter son corps en saignant. Le fait qu’il soit finalement vierge lui procura un frisson inopiné au niveau du scrotum. Sur le fil de la vie, Honoré Berdule est un funambule.

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