Nos amis les hommes, 2/02/2015

Je préparais ma valise en vue de mon déménagement prochain au Groenland, dernière destination mondiale où la folie des hommes n’a pas encore tout dévasté et où l’on peut rire de tout, au nez et à la barbe de l’Inuit qui a un humour encore plus limité qu’un salafiste, mais pas de kalashnikov. Je pourrai alors, loin de tout malentendu, critiquer le père Noel, caricaturer les rennes sans que les rois de la banquise ne s’en offusquent, sucer des Esquimau sans heurter la sensibilité de ma voisine catholique et néanmoins portugaise, me faire des moufles en peau de bébé phoque pour pouvoir, dans mes longues nuits solitaires, me tripoter avec en pensant à Brigitte Bardot jeune, les yeux pleins d’étoiles et d’aurores boréales. Tel un iceberg plein de CO2, je me fondrai alors dans le paysage, heureux, enfin.

Entre deux avalanches et une catastrophe front national, le français se réveille, fier comme un coq et dur comme un taureau, mais plus que d’habitude : ce matin il est champion du monde. Alors qu’il mangeait juste des knackis devant la télé. Et puis le handball c’est quand même autre chose que tout ces parvenus mal élevés du foot qui n’ont de qataris que les chèques. Quand on voit cette équipe bigarrée du Qatar chanter son hymne national la main sur le cœur (et un sabre dans le dos), ça donne envie de baffer Benzema et de prendre illico la nationalité du roi Hamad ben Khalifa al-Than, cet homme accablé qui eut le malheur de se voir offrir par ses trois épouses seulement 11 garçons, pour 13 filles, sa race la maudite, dont la grande majorité ne connaissait même pas l’existence d’Ibrahimovic ou les effets dévastateurs de la roucoulette. Nul n’étant prophète en son pays, c’est donc la France qui vit sa victoire se dessiner en terre hostile pour un cinquième titre légendaire, alors même que les frères Karabatic avaient parié sur une victoire qatari en finale. Les joueurs adverses, eux, sont passés à côté d’une villa, d’une Maserati, d’1 million de dollars et pas loin de la crédibilité dans leur implication mercenaire à l’amour du maillot.

Et s’il y en a un qui ne plaisante pas avec le patriotisme et les mecs en djellaba, c’est bien le spectateur moyen de football américain ! Déjà passablement remonté et motivé dans son américanité (ses parents sont irlandais et porto-ricains) par le dernier film de Clint Eastwood où un héros de la nation, sniper professionnel, dégomme du bougnoule à longueur de pellicule sous les vivas de la foule en délire pour leur apprendre les bonnes manières, le voilà chaud bouillant sur son canapé à crédit devant la grand-messe annuelle du Super-Bowl. L’équivalent français étant un match de rugby Toulon-Clermont, avec les Enfoirés qui chantent à la mi-temps après quelques pubs LCL de Gad Elmaleh et la bande-annonce du prochain Dany Boon. Des millions d’américains auront donc pu découvrir cette année Lenny Kravitz, ce chanteur qui fit plus pour la renommée du King du Falafel rue des Rosiers que pour celle du rock au pays de Bryan Adams. Les Patriots ont gagné, l’honneur est sauf et le monde peut retourner à sa grisaille et sa banalité pour une année supplémentaire. Un monde plus sûr cependant, où chaque enfant de 8 ans pourra se retrouver au poste pour propos déplacés. J’ai d’ailleurs dénoncé le mien l’autre jour car il faisait l’apologie de Maître Gims sur Facebook ! Plus sûr sur les routes (on devrait interdire tous types de véhicules à moteur d’ici 2050) et plus sûr chez soi, avec l’installation des détecteurs de fumée, invention salvatrice qu’une amie proche, qui a le feu au cul, refuse pourtant d’installer. Plus sûr enfin dans les affaires d’état. Mais au moment où s’ouvre son procès, DSK ne serait-il finalement pas le leader idéal à la tête de ce monde de putes ?

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