Nos amis les hommes. 14/05/2013

Entre deux averses taquines, le printemps déroulait gentiment son rouleau de banalités quotidiennes aux yeux de spectateurs fatigués qui regardaient pourtant tout, en n’y voyant que dalle. L’œil humain s’habituait doucement à l’effet stroboscopique d’un trop plein permanent d’images inutiles, mais qui comblait des vides et rassurait chacun sur la bonne santé du monde. Alors comme d’habitude on ne prêtait plus guère attention à cette femme retrouvée dans une valise (par quel miracle de souplesse était elle arrivée là, tout en se coupant au passage quelques membres ?), à cet enfant de 12 ans qui trucida sa petite sœur de 8 ans au couteau en faisant croire à un cambriolage (un américain, certes…), à ces touristes revenus de Dubaï avec une petite quinte de toux (il faudrait alors retrouver tous les passagers du RER…), à cet homo tabassé en Russie (alors que le reste de la population porte aussi des pelisses de mauvais goût), à ces ouvriers du Bangladesh qui préparaient les soldes pour H&M et Zara au moment où leur usine de fortune en écrasa soudain 1200 d’entre eux, alors qu’il restait des étiquettes à coudre ( que dirait alors le consommateur européen au matin d’aller claquer sa paie avant de partir au soleil ?) Les industriels se remettaient doucement en question, proposant de faire désormais des murs avec de vraies briques, après avoir longtemps décimé une bonne partie de l’Asie mineure ( la majorité a moins de 18 ans) dans des explosions de grisou, des émanations toxiques ou à cause de rythmes difficilement supportables pour des corps à peine formés… Avec de bons avocats on arrive à tout, dit-on régulièrement en politique, et ce n’est pas l’industrie pharmaceutique qui dira le contraire, alors que ses millions de petites pilules tuent chaque année quelques millions de patients à travers le monde qui ne demandaient qu’à soigner un rhume ou éviter des grossesses avant d’aller se faire ôter des tumeurs grosses comme des noix ou l’inverse ! Je ne sais plus pourquoi je pensais à ça, alors que mon proctologue était à deux doigts de me rassurer sur la vigueur de ma quarantaine naissante.
Heureusement que le foot nous apportait son lot de consolations et de réjouissances hebdomadaires ! Il fallait vraiment être réfractaire à ce sport noble (ou avoir vécu enfermé pendant 10 ans dans une cave de Cleveland) pour ne pas avoir vu venir le titre d’un Paris Saint Germain nouvellement relooké pour la gagne ! Sauf ses supporters, dont la majorité n’était pas encore doté d’un cerveau à l’époque du dernier titre du club de la capitale ! Pendant ce temps-là au moins ne parlait-on pas de Christine Boutin ou Claude Guéant, ces moralisateurs rétrogrades au look aussi moyenâgeux que leurs idées flétries ! Mais c’est bien le jovial Jean Sébastien Vialatte, député UMP (encore un) qui leur coupa la chique, se fendant sur Twitter d’une comparaison osée entre les casseurs et les descendants d’esclaves et le fait que Christine Taubira puisse prendre leur défense….Une phrase mémorable, magique, à la hauteur des bassesses politiques dont ce lot de décérébrés nous abreuve depuis maintenant trop d’années, et qu’il faudrait, à un moment donné, empaler ou trépaner violemment pour rester dans la thématique et l’époque qu’ils défendent ardemment!
Je décidais alors d’investir dans un nom de domaine puisque le « .paris » allait être bientôt disponible et proposais http://www.jencule.paris, site pro gay et anti supporters parisiens où l’on pourrait parler de tout sauf de ce qui est dans l’actualité ! Comme de l’album de Daft Punk, qui semble déchainer contre lui des torrents de haine que les plus grands dictateurs n’espéraient même pas ! L’internaute s’en prend désormais aux buzz plus qu’aux albums et ne sait plus quoi dire pour montrer son courroux et l’étendue d’une inculture qui était bien tapie dans l’ombre avant l’heure des blogs obligés et des commentaires anonymes. On y parlerait d’amour, de fantômes, d’espoir, de pâquerettes et de petits lémuriens. On y apprendrait que le moustique tigre est zébré avec une ligne blanche au milieu du thorax. Et qu’il est toujours bon de le savoir au moment où l’on s’apprête à lui éclater la gueule vers 3 heures du matin. Et puis se rendormir, serein.

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