Nos amis les hommes (en anorak). 4/02/2012

A l’heure où les agriculteurs drômois se préparaient à la cueillette des premiers abricots, le gel taquin est venu recouvrir les pare-brise matinaux des automobilistes parisiens qui n’avaient pas besoin de ça pour étoffer leur humeur de connards motorisés. Eux qui klaxonnent quotidiennement au cul d’une vie qui ne semble pas aller assez vite devront apprendre la patience à l’arrivée des premiers flocons. Et mettre une petite cagoule sur leur courroux héréditaire. Le temps, comme à chaque hiver glacial ou à chaque été brûlant est à nouveau au centre des conversations de tous ceux qui n’ont rien à dire. Et ça fait du monde dans ce pays qui aime à râler au comptoir à la moindre contrariété patronale, familiale, salariale, politique, footbalistique ou météorologique !

Dehors, le sans-abri  se rend bien compte aussi que son carton ne suffira pas à réchauffer le bitume de ses prochaines nuits polaires. Heureusement, les soldes tombent en même temps. On ne pourra alors que l’encourager à acquérir cette belle parka Canada Goose que le gentil commerçant brade généreusement à 600 euros au lieu des 800 habituels. Une affaire en or qu’il faudra saisir au plus vite, car les promesses de mettre tout SDF au chaud de notre président alors en campagne ne devraient pas aboutir avant son éviction printanière.

Le jeune branché, dans toute son arrogance vestimentaire ira, lui, chez le même sympathique commerçant pour claquer son argent de poche durement gagné au front parental dans des pièces hors de prix, sans se soucier une seule seconde des questions de marge, d’exploitation de la main d’œuvre chinoise ou tunisienne et du foutage de gueule généralisé qui entoure la période des soldes où le mouton accoure en bêlant pour acheter quelques logos à moindre coût ! Alors que paradoxalement, sa réflexion sera plus poussée sur les mêmes supposés exploitants qui travaillent dans l’art musical ou cinématographique et qui vendraient leurs œuvres à vil prix à un public qui ne peut quand même pas claquer 15 euros dans un Cd ou un film après avoir payé ses clopes, son shit, ses jeans Diesel  et son forfait mobile ! Fichtre ! Megaupload ferme et les libertaires du net sont colère ! La musique doit être gratuite. Pour tout le monde. Alors qu’on veut bien payer pour un musée, une expo avec trois chaises repeintes, un spectacle de danse contemporaine, un tour de manège, un livre de Marc Lévy, du pain, son essence…Le Boss est en prison, lui qui représente la figure abjecte du crime organisé que ces mêmes internautes reprochent aux patrons des Majors !  Tout part en couille.

Côté nichons, un autre vilain est enfin sous les verrous. Jean-Claude Mas a été arrêté dans le sien (les habitants provençaux devraient comprendre cette blague immobilière), niant toute implication dans les explosions inopinées de ses prothèses mammaires. Sûr que désormais mesdames, pour éviter un cancer, il vaudra mieux s’en remettre au Bon Dieu qu’à ses seins ! Dans un autre registre, Lana Del Rey est sur toutes les lèvres. Sa plastique faisant plus parler que sa musique, on est en droit de se demander à l’heure du tout visuel, s’il ne faut pas être physiquement quelconque pour ne pas s’attirer les foudres de furibards du web qui auraient bien besoin, eux, de se faire refaire les oreilles ! Adèle a vendu des millions d’albums de sa soupette tiédasse sans émouvoir ces  fameux « critiques ». La violence et l’ampleur des attaques sur la new-yorkaise arrivent à la hauteur de ses bas ! La Miss est déjà dans une autre sphère. Quoiqu’on en dise. Ses chansons font désormais partie des remèdes idéaux contre l’hiver, qu’on pose sur sa table de nuit à côté du petit cataplasme à la moutarde et du mignon suppositoire qui pique les yeux.  Avec la voix de Léonard Cohen et les balades folk de Mirel Wagner, on n’a pas trouvé mieux dans le catalogue Servier pour soigner nos maux passagers. Arriveront bientôt les nouveaux Lambchop, Tindersticks, Mark Lanegan ou Dominique A, présageant d’un printemps impeccable. Ce même Dominique qui écrivait il y a 20 ans dans sa Fossette inaugurale :

« De toute ma vie de lamentin, je n’aurai pas connu

D’ennemi plus féroce, de danger plus précis

Que la folie des hommes… »

Cet album est toujours une bougie dans l’obscurité humaine. Une lumière, qui brille la nuit…

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