Nos amis les hommes. 10.04.2011

Un temps idéal pour parfaire son bronzage et crâner au boulot, pour aller jouer aux boules chez tante Thérèse, fouiller des étangs ou perdre les enfants en forêt avant la prochaine dépression ne suffirait presque pas à nous faire oublier les crises mondiales qui secouent la planète depuis quelques semaines alors que les vacances approchent. Ne pourrait-on pas un instant profiter de notre espresso à 4 euros en terrasse du Flore en oubliant un peu le tumulte ambiant ? Non. Voilà que par-dessus tout ça arrive la vilaine nouvelle : Sydney Lumet est mort ! Et même si à 86 ans on n’espérait plus qu’il fit la prochaine trilogie de Star Wars, la disparition d’un saint homme comme lui est toujours douloureuse. D’une part parce qu’ils ne sont plus légions les réalisateurs de ce calibre (Eastwood…), d’autre part parce que la relève est encore assez clairsemée (Gray, Nolan, Fincher…) dans un nouvel Hollywood qui ne sait plus vraiment dans quelles suites investir, quels remakes de films étrangers mettre en chantier ou se concentrer sur le petit écran où des milliers de choses bien plus excitantes sont arrivées ces dernières années. A l’heure du grand spectacle familial en 3D, l’imagination de synthèse a remplacé les grands acteurs et les grands scénarios, le pop-corn paye les factures de salles obscures où quelques mal élevés viennent rentabiliser leurs cartes devant le premier Nicolas Cage venu.  On a les stars qu’on mérite.

A la télévision, on ne se pose d’ailleurs plus cette question depuis bien longtemps. Chaque individu connu ou pas, posant les pieds sur un plateau télé, est ovationné comme n’importe quelle reine d’Angleterre sans que cela ne choque personne. Les modèles d’une jeunesse éloignée des livres sont les premiers rôles d’une télé-réalité affligeante, dont le bronzage, les dents blanches et la densité musculaire sont les seuls signes de réussite sociale. Pour se donner bonne conscience, TF1 organise même le Grand Quizz du Cerveau… Avec Benjamin Castaldi et Carole Rousseau ! Pendant ce temps-là des hordes d’abrutis continuent de postuler à « La Roue de la fortune » pour gagner une Dacia 4 portes…

Sous l’impulsion d’un gouvernement qui affiche son inculture à grands coups de déclarations irréfléchies, il faut sauver les apparences. Rachida Dati ne pense qu’au cul, Frédéric Lefèbvre qu’aux marques, le tout sous le haut patronage d’un président en Ray Ban, pauvre marionnette de ses amis industriels qui attendent déjà le prochain pour lui donner les consignes…. Dans une société idéale et civilisée, les élites seraient des guides avant tout spirituels, prêts à faire avancer avec eux le peuple tout entier et non pas que leurs amis nantis. Mais de tous temps, le pouvoir et l’église ont bien compris la nécessité de ne pas trop éduquer les masses, afin d’éviter les questions dérangeantes et tout débordement. Mais, même tardivement, ça arrive aux meilleurs dictateurs contemporains….Les professeurs seraient respectés et écoutés, eux qui détiennent le savoir et la culture. Les artistes auraient autre chose à défendre que leur place chez Drucker et leur combat serait entendu et suivi. Les philosophes et les chercheurs auraient leurs places au gouvernement, chacun étant là pour le bien collectif et non pas l’avancée personnelle. Les enfants écouteraient les anciens avec respect, sans casque sur les oreilles et Psp à la main….

Mais la société à pour guides Claude Guéant, Berlusconard, Jean-Pierre Pernaut, Michael Youn  Frank Ribéry, Justin Bieber ou Giuseppe…On peut légitimement penser que tout ça prendra un peu de temps…

Le temps pour Bertrand Cantat de pouvoir à nouveau bosser dignement sans les interventions en haut lieu de son ex beau-père, le temps pour la presse musicale d’apprécier à sa juste valeur le dernier Radiohead, elle qui préfère encenser aujourd’hui les blips et les silences bien plus hype de Nicolas Jaar ou James Blake ou s’extasier sur la voix de vieille de Connan Mockasin, nouvelle pointure de la pop branchée qui compte. Mais à part les acheteurs de chez Colette et les derniers mohicans des maisons de disques, il faudra leur faire comprendre que leurs papiers enflammés sur ce dernier groupe en vogue du sud de Reykjavik n’intéresse plus personne dans un pays qui a décidé de réserver ses actions culturelles à Johnny Hallyday, dont le dernier album, à l’instar de ses 2 dernières filles, lui ressemble vraiment, aux Enfoirés, aux Prêtres (le volume 2 sera livré avec une hostie et un préservatif) et éventuellement à un nouveau venu dont Ruquier, Drucker, Nrj, le pape, Télé Poche et ma cousine Sylvie qui aime bien Bruel , auraient dit du bien.

D’un système basé sur les apparences trompeuses et les jugements hâtifs qui en découlent, Sydney Lumet avait fait son premier film : « 12 hommes en colère ». Aujourd’hui tout n’est qu’apparence, et 12 hommes, même très en colère, ne suffiront plus à faire changer les choses….

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